« La Révolution française » : entretien avec Philippe Pichot-Bravard

Afficher l'image d'origineLa Révolution française, de Philippe Pichot-Bravard.
Préface de Philippe de Villiers, éditions Via Romana, 294 pages, 2014. Disponible ici.

Jeune universitaire et auteur(1)docteur en droit et maître de conférences en histoire du droit public, il a aussi publié Le pape ou l’empereur : les catholiques et Napoléon III (Tempora, 2008), Conserver l’ordre constitutionnel (XVIe-XIXe siècle) (LGDJ, 2011), Histoire constitutionnelle des Parlements de l’Ancienne France (Ellipses, 2012)., Philippe Pichot-Bravard est l’auteur d’un livre remarquable sur un sujet d’une importance considérable. Certes, les livres et même les bons livres ne manquent pas autour de cet épisode tragique aux conséquences incalculables, mais l’approche est ici renouvelée et offre une utile synthèse ainsi qu’une mise en perspective intéressante.
Rédigé dans un langage clair et suivant un plan chronologique, il est aisément accessible.

Il s’agit d’un ouvrage que nous recommandons dans le cadre d’une bonne formation historico-politique.

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ce thème ?

Je me suis toujours intéressé à la Révolution française. Depuis ma plus tendre enfance, je suis hanté par cette terrible tragédie. L’exécution de Louis XVI me plongeait dans des abîmes de perplexité. Ce crime m’apparaissait à la fois terrible et incompréhensible. Avec l’âge, je n’ai pas cherché seulement à connaître les faits et les acteurs mais aussi à comprendre les idées et les mentalités. J’ai cherché en particulier à résoudre la contradiction qui semblait opposer le discours humaniste des constituants de 89 et les horreurs qui ravageaient au même moment la France. La clé qui me permettait de résoudre cette énigme, je l’ai trouvée à l’Université, en deuxième année de droit, dans le cours d’histoire de la Pensée politique dispensé par le professeur Xavier Martin, très grand universitaire à l’égard duquel j’estime avoir une dette imprescriptible.

Il existe déjà une littérature abondante au sujet de la Révolution ; qu’apporte votre livre ?

Ce livre n’a pas pour ambition de raconter une nouvelle fois des anecdotes mille fois ressassées. Son ambition est d’intégrer à une relecture complète de la Révolution les travaux scientifiques particuliers qui ont permis, au cours de ces dernières décennies, de porter un regard neuf sur des aspects importants de l’histoire de la Révolution : ceux de Xavier Martin sur l’anthropologie des Lumières, ceux de Jean de Viguerie sur l’éducation, sur la religion, sur les idées politiques de Louis XVI, ceux de Reynald Secher sur l’extermination vendéenne, ceux de Mona Ozouf sur la régénération révolutionnaire, plus anciennement ceux, inachevés hélas, d’Augustin Cochin sur les sociétés de pensée. Nourris de ces travaux, et de la consultation assidue des archives parlementaires, j’ai tenté de faire comprendre ce qu’avait été la Révolution : la Révolution française a été une entreprise idéologique de construction d’un monde nouveau, de régénération de la société, et de régénération de l’homme.

Dans la chronologie que vous établissez, Descartes et le cartésianisme semblent constituer les prémices intellectuelles du phénomène révolutionnaire. Quel fut leur rôle ?

L’œuvre de René Descartes, et l’usage plus ou moins déformant qu’en ont fait ses disciples, a eu une influence décisive dans l’histoire des idées, dans l’histoire des mentalités et dans l’histoire des institutions. Le prestige intellectuel de Descartes a été considérable. Comme l’a montré Jean de Viguerie dans sa thèse, dès le commencement du XVIIIe siècle, les professeurs de philosophie des collèges adoptent l’enseignement de la méthode cartésienne au détriment de la méthode thomiste. Les élites furent, dès lors, formées à une autre logique intellectuelle ; elles eurent de plus en plus de mal à comprendre certains aspects du monde traditionnel dans lequel elles vivaient et devinrent plus réceptives aux idées nouvelles.
Descartes invite à faire table rase des connaissances acquises afin de redécouvrir la réalité des choses en faisant usage de la Raison humaine. La Raison est séparée de la Foi. Elle se fonde sur l’application de la méthode des sciences mathématiques à tous les domaines de la connaissance. La mise en œuvre de ces méthodes scientifiques permettra, croit-on, de trouver, infailliblement, la solution la plus adaptée, la plus rationnelle, à chaque situation. Un progrès constant vers la perfection découlera nécessairement de l’application de lois scientifiques. Comme l’a montré Frédéric Rouvillois, Descartes et ses disciples ont inventé le progrès, et le progressisme, c’est-à-dire la conviction que le monde, grâce aux sciences et techniques, se perfectionne peu à peu, que l’histoire a un sens, allant du moins bon vers le meilleur. A la veille de la Révolution, l’idéologie des Lumières prétend connaître les lois scientifiques qui permettront de construire un monde nouveau promettant à tous le bonheur. Les acteurs de la Révolution vont tout d’abord faire table rase du passé pour établir ensuite une organisation sociale rationnelle, agençant les intérêts individuels de sorte à rendre la vie sociale paisible. La présomption d’infaillibilité dont le scientisme revêt cette idéologie est la cause directe de la dérive totalitaire qui caractérisa très tôt la Révolution. Quelques décennies plus tôt, l’abbé de Saint-Pierre avait eu cette appréciation qui en annonçait le risque : « Quand le pouvoir est uni à la raison, il ne saurait jamais être trop grand et trop despotique pour l’utilité de la société ».

Ne peut-on remonter plus haut dans la généalogie idéologique révolutionnaire ?

Une révolution intellectuelle déterminante a marqué le deuxième quart du XVIIe siècle :

LIRE LA SUITE DE CE GRAND ENTRETIEN DANS  L’HÉRITAGE n°10 :

Notes   [ + ]

1. docteur en droit et maître de conférences en histoire du droit public, il a aussi publié Le pape ou l’empereur : les catholiques et Napoléon III (Tempora, 2008), Conserver l’ordre constitutionnel (XVIe-XIXe siècle) (LGDJ, 2011), Histoire constitutionnelle des Parlements de l’Ancienne France (Ellipses, 2012).

« L’idéologie des droits de l’homme »

Émission de Thibaut de Chassey, diffusée en direct sur Radio Courtoisie le 19 janvier 2017, avec :

Ont aussi été évoqués :

  • le dernier numéro de L’Héritage, « revue d’études nationales », qu’on peut se procurer en ligne ici, et dont on peut consulter le site ici.

Vous pouvez écouter la radio en direct sur son site ou sur la bande FM :

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Les Alains en Gaule

De toutes les peuplades barbares qui se sont installées en Gaule au Ve siècle de notre ère, la plus méconnue est sans doute celle des Alains.

Cavalier alain

Ils ont pourtant l’originalité d’être les plus proches des fameux Aryas de l’Inde. Les linguistes les appellent des Indo-iraniens.

Les Alains sont cousins des Sarmates, provenant des contrées situées entre le Don et la mer d’Azov. Ce sont des barbares. Certains d’en- tre eux, les Agathyrses, se chamarrent le corps de couleur bleue. D’autres, les Gélons, arrachent la peau des ennemis vaincus pour s’en faire des vêtements.

Les Alains sont aussi connus pour scalper leurs adversaires et en attacher les cheveux à leur monture. Dans les confins orientaux du monde alain, on s’adonnerait même à l’anthropophagie.
C’est le témoignage d’un Romain, Ammien Marcellin, qui nous a fait connaître les coutumes de ce peuple. Jugement d’un Romain raffiné qui jette un regard impitoyable sur les mœurs alaines.

La rusticité de leurs cultes l’épouvante : « la religion chez eux n’a ni temple ni édifice consacré, pas même une chapelle de chaume. Un glaive nu, fiché en terre, devient l’em- blème de Mars ; c’est la divinité suprême, et l’autel de leur dévotion barbare ». D’ailleurs, parvenir à la vieillesse dans ce peuple guerrier est un déshonneur, le stigmate de la lâcheté. L’archéologue Iaroslav Lebedynsky a aussi affirmé que les Alains adoraient les divinités du feu et du soleil.

Quant à leur aspect physique, il confirme leur parenté lointaine d’avec les Aryas :
« Les Alains sont généralement beaux et de belle taille et leurs cheveux tirent vers le blond ».(1)Toujours selon Ammien Marcellin
Au XXe siècle, les archéologues ont identifié les descendants des Alains avec la nation ossète sur les contreforts du Caucase. A cause de leur apparence nordique, les archéo- logues allemands les appelaient les « Germains du Caucase ».

Les Sarmates, dont sont issus   les Alains ont aussi laissé leur empreinte en Gaule. De race indo- iranienne, ils sont aussi des proches cousins des Aryas.

A la fin du IIIe siècle de notre ère, Rome mène en Gaule une politique systématique de colonisa- tion des zones dépeuplées. On appelle les colons les Lètes. Ce sont en majorité des Francs et des Frisons, mais aussi des Sarmates, employés comme corps auxiliaires pour garder les voies romaines. On connaît trois lieux de peuplement : Salmaise en Cote d’Or, Sermaise dans la Nièvre et Sermaize dans la Marne.

Les Alains sont des cavaliers nomades : « les hommes faits, rompus dès l’enfance à l’équitation, regardent comme un déshonneur de se servir de leurs pieds »(2)Idem.. Ils ignorent le travail de la terre, leurs maisons sont des chariots couverts d’écorce.

Pourquoi vont-ils fondre sur la Gaule?

L’arrivée des Huns contraint les Alains à fuir avec les Wisigoths et les Ostrogoths vers      l’Empire romain.
Précisons au passage que contraire- ment à l’opinion répandue en Occident, les Huns n’étaient pas majoritairement de race asiatique, puisque seul un quart d’entre eux présentaient des traits mongoloïdes, d’après les travaux de l’archéologie(3)Spécialement ceux d’Istvan Boba. La majorité était donc vraisemblablement des Blancs de race turque.
Cette poussée hunnique les mène en Germanie.

Le 31 décembre 406, 50 000 Alains franchissent le Rhin gelé sous l’égide du roi Goar. Ils écrasent les colons francs dirigés par le duc de Mayence et emportent Strasbourg, Reims, Amiens, Arras. En 408, les Alains suivent les Vandales et franchissent la Loire.

Cependant, et c’est là que les Alains entrent pleinement dans l’histoire du peuplement de la Gaule, une partie des tribus alaines accepte de se soumettre à l’autorité de Rome et sont installés par Aetius autour de la Loire et d’Orléans. On évalue le nombre de ces coalisés à 15 000. Une centaine de localités dans l’Orléanais gardent le souvenir de l’épopée alaine : Allaines, Alainville, Allaincourt…

Une autre partie, sous l’autorité du roi Sambida, s’installe le long du Rhône, près de Valence.
Les Alains sont employés comme mercenaires par les Romains.
De 445 à 448, placés sous l’autorité d’Eochar, ils répriment une révolte en Armorique.

En 451 ils contraignent les Huns d’Attila à mettre le siège devant Orléans. La même année, leur cavalerie lourde est au centre du dispositif militaire romain aux Champs catalauniques, elle y fait des prodiges.
D’autres Alains poursuivront leur route loin vers le sud. S’arrêtant momentanément en Galice, ils créeront avec les Vandales un État barbare en Afrique du nord.

Jean Dartois

[tiré de L’Héritage n°3]

Notes   [ + ]

1. Toujours selon Ammien Marcellin
2. Idem.
3. Spécialement ceux d’Istvan Boba

« Menaces contre l’École libre ; les ésotérismes contre la tradition chrétienne »

Emission diffusée en direct le 12 juillet 2016 sur Radio Courtoisie, avec :

Pour aller plus loin sur le thème du rapport éducation / État, nous recommandons la lecture de L’Héritage n°6, qui propose une analyse de l’encyclique de Pie XI sur ce thème :

« Bible et science. Évolution ou création ?»

Emission diffusée en direct sur Radio Courtoisie le 24 novembre 2016, avec :

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« L’islam occulte »

Émission diffusée en direct sur Radio Courtoisie le 1er novembre 2016, avec :

Le Bien commun

par E. H. le Bouteiller

La notion de « bien commun » est ignorée du plus grand nombre et il n’en est guère question dans le vocabulaire des partis ou des penseurs politiques célèbres. Cependant, ceux qui l’invoquent, autour de la formule « l’action politique doit avant tout être au service du bien commun », la disent primordiale.

Cette notion relève de la philosophie politique héritée d’Aristote, et fut développée par ses commentateurs médiévaux. Elle a été totalement abandonnée de la pensée politique, mais l’Eglise continue de la considérer comme capitale dans sa doctrine sociale. Dans les milieux catholiques traditionnels, on a ainsi l’habitude de présenter des conférences de formation politique en définissant le bien commun comme finalité de la société civile. La fin étant la cause des causes selon Aristote, le bien commun est conçu comme fondamental en effet. Mais la tradition de philosophie politique a été tellement malmenée et ignorée depuis des décennies que beaucoup de ceux qui utilisent l’expression de bien commun ne savent plus ce qu’elle signifie. Beaucoup l’évoquent à leur gré sans la connaître : c’est ainsi qu’on l’identifie tantôt avec l’intérêt général, tantôt avec l’ordre public ou bien un idéal de perfection chrétienne des citoyens, ou encore avec les conditions de leur épanouissement individuel.
Qu’en est-il réellement dans une pensée politique aristotélicienne, qui s’enracine dans la définition de ce que sont la vérité et le bien de l’homme ?

Le bien commun est la cause finale de la société

Au début de la Politique,  Aristote définit le bien commun comme la fin de la société. Mais il ne définit que très sommairement ce terme de bien commun qu’il considère sans doute comme évident. Il précise cependant que la vie heureuse est la fin de la société(1)Aristote, Politique, livre III chap 6.. Le bien commun est donc le bonheur commun des hommes vivant ensemble. Dans l’Ethique, la fin de l’agir personnel était déjà le bonheur, ce qui donnait son sens et son but à la morale individuelle. La politique étant du même ordre que l’éthique — celui des sciences pratiques —, il est logique que ce soit également le bonheur qui soit l’objectif, en considérant l’ordre et l’ajustement de l’agir des hommes, cette fois-ci en tant qu’ils vivent ensemble.

Qu’entend Aristote en parlant de « bien », associé au bonheur ?

En philosophie de la nature, le mot « bien » désigne l’accomplissement de la puissance d’une chose : le bien s’identifie à ce vers quoi les choses tendent en conformité avec ce qu’elles sont et doivent être. Par exemple, grandir et apprendre sont le bien de l’enfant qui évolue vers son état adulte ; et ses activités seront bonnes dans la mesure où elles lui permettent de poursuivre ce but qui est la croissance de son être. Une chose se met naturellement en mouvement vers ce qui lui est bon et représente son bien : le bien et la finalité se correspondent. Ainsi, le bien de la société sera sa cause finale, c’est-à-dire ce vers quoi elle doit tendre.(2)se référer au numéro 8 de L’Héritage (page 7) sur « les quatre causes ». En ligne ici. Le bien commun donne son sens à la vie sociale, car si une chose ne se développe pas en fonction de son but elle est vaine et absurde, comme une chaise qui serait conçue par un menuisier ignorant que sa création servira à s’asseoir.

Saint Thomas d’Aquin définit dans son commentaire de l’Ethique : « La fin de la politique est le bien humain, c’est-à-dire ce qu’il y a de meilleur dans les choses humaines. » Ce bonheur terrestre aussi complet et aussi parfait que possible est celui de toute une multitude humaine formant un ensemble. Il correspondra à la synthèse de ce que les bons citoyens doivent désirer de meilleur à leur patrie.(3)Cf R.P. de Broglie, la doctrine de saint Thomas sur le fondement communautaire de la chasteté, AFS n°90.

La société est un tout d’ordre dont chaque citoyen est une partie

LIRE LA SUITE DE CET ARTICLE DANS L’HÉRITAGE N°10 :

Notes   [ + ]

1. Aristote, Politique, livre III chap 6.
2. se référer au numéro 8 de L’Héritage (page 7) sur « les quatre causes ». En ligne ici.
3. Cf R.P. de Broglie, la doctrine de saint Thomas sur le fondement communautaire de la chasteté, AFS n°90.

1924-1925 : une folle année

Histoire des étudiants nationalistes à Paris

par Jean Dartois

Bagarre politique dans une rue de Paris, vers 1910. Fréquent, à l’époque.

Nous entreprenons la poursuite de notre chronique des combats nationalistes en milieu estudiantin par le récit d’une année universitaire au Quartier Latin dans les années 20. A l’époque, l’année commençait en novembre, car les vendanges requéraient une main d’œuvre jeune et industrieuse. A la rentrée, l’étudiant retrouvait une faculté sereine, purifiée par l’air vivifiant du patriotisme. Aux dires de la presse marxiste, la « jeunesse dorée » avait fait des universités des citadelles réactionnaires.

Le phénomène n’était d’ailleurs pas le seul fait de la jeunesse française L’idée nationaliste recevait un large écho dans l’ensemble des universités d’Europe. En Italie, à l’instar d’Italo Balbo, nombre d’étudiants avaient rejoint les Faisceaux, ce qui était aussi une façon pour eux de financer leurs études en alliant l’utile à l’agréable, puisque les grands propriétaires de Ferrare payaient les squadristes(1)Membre des « milices » fascistes. Le mot vient de squadre d’azione (littéralement : « escouades d’action ») d’où le nom de squadrismo. Peu soucieux de légalité, les squadristes constituaient les troupes de combat de ce mouvement. disposés à «nettoyer» des latifundia. En Allemagne, les étudiants se passionnaient pour l’aventure des corps francs, défenseurs d’un espace germanique menacé. Le souvenir des héros tombés à Langemark planait dans les Burschenshaften, les corporations étudiantes. La Hongrie mutilée donnait aussi dans la défense d’un certain idéal. « Turul » , du nom de l’oiseau légendaire magyar, rassemblait les étudiants désireux d’en imposer aux apatrides. Les universités de l’Europe entière étaient traversées d’un même souffle. Toutes haïssaient toutes le bolchévisme, « cette maladie qui ne prospère que sur les tissus malades ».

Dans la France victorieuse de 1919, la jeunesse des facultés était réceptive aux thèses de l’Action française.

Venons-en à la situation politique. En 1924, la chambre « bleu horizon » tient du passé. Le Cartel des gauches est aux commandes et s’efforce de tarir le bel élan patriote et spirituel qui avait soulevé la France en 1919. Il n’est plus question de ranimer la foi ancestrale des Français, mais de raviver l’abject matérialisme des Lumières. On vote la suppression de l’ambassade au Vatican et l’on reconnaît l’URSS. Le 23 novembre 1924, le cabinet radical procède au dépôt des cendres de Jaurès au Panthéon. 50 000 communistes défilent silencieusement, des centaines de drapeaux rouges à la main, au cœur du Quartier étudiant, longeant le boulevard Saint-Germain et le boulevard saint-Michel. De leur côté, des étudiants d’AF et des Jeunesses Patriotes organisent une marche vers la tombe de Marius Plateau, responsable de Camelots assassiné l’année précédente par une folle anarchiste, Germaine Berton(2) Bien qu’ayant avoué son crime, elle fut acquittée lors de son procès !. Le défilé nationaliste est assez peu suivi.

Bagarres au Quartier Latin

Les événements étudiants éclateront en mars 1925.
Le « vomissement politique », pour employer l’expression gauloise et quelque peu ordurière de Léon Daudet est la marque de cette année. Pour empêcher un professeur – Georges Scelle, ennemi farouche de la cause nationale – d’enseigner, les étudiants créent un climat d’agitation dans les locaux de la faculté de Droit, place du Panthéon. La police intervient une première fois le 9 mars, elle reviendra le 28 mars 1925, où la violence atteindra son paroxysme, avec une centaine de blessés dans le camp des étudiants, et 11 chez les forces de l’ordre.
L’association générale des Étudiants de Paris déclenche une grève qui gagnera les universités de province.
Il faut se représenter le climat de cette occupation de locaux. Il est amusant et cocasse. C’est en relisant le récit alerte de cet épisode dans les livraisons de l’AF que l’on en saisit la couleur. Maurice Pujo, compagnon des étudiants se fait le rapporteur frémissant de ce joyeux tumulte. Les étudiants chantent une composition destinée à décrier le petit ministre François-Albert, le « ministricule » : « t’es bien trop petit, mon ami… ».  Les slogans ont le cachet des années 20 : « Conspuez Scelle, conspuez ! »
Une chose cependant n’a pas changé : la disposition innée des « fafs » à la bagarre. Lorsque, place du Panthéon, les communistes, protégés par un cordon de police, hurlent l’Internationale, les étudiants fondent sur eux.

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Notes   [ + ]

1. Membre des « milices » fascistes. Le mot vient de squadre d’azione (littéralement : « escouades d’action ») d’où le nom de squadrismo. Peu soucieux de légalité, les squadristes constituaient les troupes de combat de ce mouvement.
2. Bien qu’ayant avoué son crime, elle fut acquittée lors de son procès !

Sainte Jeanne d’Arc, modèle de sainteté politique

par l’abbé Bruno Schaeffer

L’histoire et la mission de Sainte Jeanne d’Arc comportent tous les éléments éclairant notre combat politique, elles suivent l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, les croisant dans la devise célèbre de notre héroïne nationale : « Messire Dieu premier servi ».

Cet ordre, c’est d’abord la naissance dans une famille chrétienne, dans l’éducation maternelle, avec l’appui d’une paroisse chrétienne, de la doctrine et des sacrements. Tel est l’ordre établi par Dieu, dans sa création et dans sa grâce.

Le deuxième miracle, si l’on peut dire, c’est le recours aux institutions légitimes de la nation française, la monarchie avec sa loi de succession, son caractère surnaturel  continué dans le sacre.  Enfin le prix de cette restauration de l’ordre temporel, c’est le sacrifice rédempteur de Jeanne, l’amour de Dieu l’emporte définitivement sur l’amour d’elle-même dans les flammes du bûcher de Rouen.

Nous pouvons être fiers et disciples de notre héroïne nationale, nous avons à apprendre d’elle la sainteté, elle éclate dans la limpidité d’une âme aimant Dieu sans retour sur elle-même dans l’obéissance et la docilité jusqu’à la fin de sa vie. Elle est l’instrument dans les mains de Dieu pour le salut de la France occupée par les Anglais, réduite à l’autorité d’un Dauphin en déroute et doutant de lui-même. La réponse vient d’un cœur de vingt ans résolu de tout souffrir pour accomplir la tâche assignée à sa faiblesse par le Bon Dieu. Son audace et son courage, Jeanne les puisent dans un renoncement à toutes les choses terrestres, dans son attachement à Dieu seul : « Je m’en remets de tout à Dieu pour créateur, dira-t-elle à ses juges, je l’aime de tout mon cœur, je m’en remets à mon juge, c’est le roi du ciel et de la terre ». Elle-même dans ses paroles définit sa sainteté. Don total de Jeanne parce qu’elle a entendu dans son coeur et sur son pays souffler la voix de Dieu.

En ce XVe siècle troublé, Dieu voulait une vierge inspirée pour redresser les voies de la Chrétienté en péril. Il se choisit une petite paysanne pour triompher au mépris des diplomates, des savants et des grands de ce monde. La marque divine est assurée. Une jeune paysanne de dix-sept ans pouvait-elle sans la volonté d’en haut affronter les hommes de guerre et ceux du pouvoir ?  Traverserles combats et les bandes de pillards, aller sur les grands chemins, les rivières, forcer les ponts-levis et aller jusqu’au Roi ? Combattante, elle se jette sur les bastides anglaises, elle entraîne les hommes d’armes pourris par les cantonnements des arrières. Elle renverse les intrigues, les inerties, les trahisons pour conduire à Reims un pauvre prince et en faire un roi. Puis, à 19 ans, elle se retrouve en prison les fers aux pieds, privée de la Sainte Eucharistie, un an de cachot, trois mois de procès, puis ce supplice l’horrifiant,  le feu où elle va mourir, s’écriant entre deux invocations du nom de Jésus « Mes voix étaient bien de Dieu ». Elle persiste jusque dans la mort par le témoignage de sa foi.

Telle est l’épopée de Jeanne, ses victoires, sa prison et sa mort. Le lien entre l’obéissance et la charité resplendit dans sa docilité et son humilité. « Sans la grâce de Dieu, déclare-t-elle, je ne saurais rien faire, tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par commandement de Notre-Seigneur ». Nous découvrirons ensemble Jeanne comme modèle de perfection chrétienne et comme sainte politique.

Jeanne, modèle de perfection chrétienne

Dieu est à l’œuvre. Jeanne a 12 ans, elle garde les troupeaux familiaux. Une voix du ciel l’avertit : « Jeanne, tu es celle que le Roi du Ciel a choisi pour le relèvement du Royaume de France. Le Roi du Ciel l’ordonne et le veut, la volonté qui s’accomplit dans le ciel, s’accomplira sur la terre ». Il en résulte chez Jeanne une plus grande piété prouvant que le ciel lui donne son éducation spirituelle. De Saint Michel, elle apprend la grande pitié du Royaume de France, en même temps elle reçoit une préparation aux objectifs politiques et militaires. Si bien que lorsque vient le moment de partir, elle ne s’étonne de rien, elle sait comme elle doit agir dans les conseils politiques comme sur les champs de batailles. « Je suis née pour cela », elle l’affirme : « Il faut que j’aille vers le Gentil Dauphin, c’est la volonté du Seigneur, le roi du ciel, que j’aille vers lui, dussé-je m’user les jambes jusqu’aux genoux ». A l’heure du départ, elle dit clairement à Jean de Metz : « Il n’est personne au monde, ni roi, ni duc, ni fille du roi d’Ecosse, ni autres qui puissent secourir le royaume de France. Il n’y a de secours à espérer que de moi ».

Sa mission politique lui est dictée d’en haut, elle la reçoit dans l’humilité, la Providence indique tout. Les obstacles ne l’effrayent point. « Quand j’eusse eu cent pères et cent mères et que je fusse fille de Roi, je serai partie ». Elle en témoigne lors au procès car « mes dits et mes faits sont de la part de Dieu ». Dans cette soumission à la volonté divine, elle puise la force de passer outre aux tendresses familiales. Pour suivre ses voix, elle s’arrache aux siens « Va, fille de France ». Elle va, passant outre les dires des juristes, des conseillers et des politiciens à l’affût des trêves, « Vous avez été à votre conseil, leur rétorque-t-elle, j’ai été au mien qui vaut mieux que le vôtre ». Il lui faudra parler devant les grands, ne rien céder à l’opposition des puissants, à l’inertie du Roi. Elle affronte les autorités prêtes aux compromis, elle menace le roi étranger, remonte le moral des populations abattues et impose à l’armée le respect de Dieu.

La foi de Jeanne emporte tout, communicative elle devient irrésistible. Elle a parfaitement compris que c’est le péché mortel qui fait perdre les batailles. Aux hommes d’armes déjà surpris d’avoir à s’enrôler sous la bannière d’une jeune fille, elle impose « qu’ils se missent en état d’entrer en la grâce de Dieu et que s’ils sont en bon état avec l’aide de Dieu, ils obtiendront la victoire ». La veille du grand combat d’Orléans, elle fit publier que « nul n’alla le lendemain à l’assaut s’en s’être présenté à confesse ». Aussitôt, la victoire remportée, elle envoie son chapelain « avertir publiquement tous les hommes d’armes de confesser leurs péchés et de rendre grâce à Dieu de leur victoire. Sans quoi, elle ne resterait pas parmi eux, et les laisserait là ». Devant Paris, c’est la retraite imbécile, « la ville eut été prise » soutient Jeanne mais l’archevêque de Reims est là, il prêche la modération : « Composons, composons, la paix, la paix ». Le lendemain, Jeanne sentant la trahison, sa mission change de forme. Ses ennemis la disent sorcière, la volonté royale s’embrouille dans les compositions diplomatiques. Sous les remparts de Melun, une voix lui souffle « Il faut que tu sois prise ».
Dans la perspective du procès devenu le mémorial de ses victoires et de sa passion, le témoignage de cette charité supérieure suprême où la vie s’offre à l’exemple du Christ au calvaire.

Elle sera brûlée vive pour n’avoir pas voulu renier cette mission surnaturelle dans le temps. Cette jeune fille sans instruction va tout de même tenir tête à cinquante huit juges. Elle triomphe des pièges des théologiens, des canonistes. L’un de ses juges s’en aperçut « Je pense que ce n’est pas elle qui parlait, mais qu’en elle parlait l’Esprit ». Elle admoneste vivement Cauchon : « Evêque, vous dites que vous êtes bon juge, prenez garde à ce que vous faites, car en vérité je suis envoyée de Dieu et vous vous mettez en grand danger ». Au moment de partir au bûcher, elle s’écrie à nouveau : « Si je ne disais que Dieu m’a envoyé, je me damnerai, Dieu aidant, j’espère aller en paradis ».

Telle est l’âme de Jeanne, en elle retentit le Fiat de la Sainte Vierge, tout y est relatif à Dieu.

Jeanne, Sainte politique

Dieu a fait d’elle la grande sainte de la charité politique, pour appeler à sa suite toutes nos nations à reprendre le chemin du bien commun ouvrant sur le bonheur du ciel. « Tu es phare de civilisation, proclame Pie XII, et l’Europe civilisée et le monde te doivent ce qu’il y a de plus sacré et de plus sain ; de plus sage et de plus honnête chez tous les peuples, ce qui exalte et fait la beauté de leur histoire ». Nous le croyons et l’espérons comme une extrême nécessité. « J’eus cette volonté de croire » avoue Jeanne.

LIRE LA SUITE DANS L’HÉRITAGE N°9 :

« La joie de l’amour ? » – Critique du dernier livre de Béatrice Bourges

« Béatrice B, catholique divorcée remariée », Éditions Artège, 220 p., 14,9 €
« Béatrice B, catholique divorcée remariée », Éditions Artège.

« À l’occasion de la XIXe assemblée générale ordinaire du synode des évêques sur la famille fin 2015, l’une des figures les plus radicales de la « Manif pour tous » a écrit un livre poignant : Béatrice B, catholique divorcée remariée.

Suite à la publication de l’exhortation apostolique Amoris laetitia en avril dernier, cet ouvrage retrouve une réelle actualité. Ici, Béatrice Bourges ne traite pas du « mariage homosexuel », ni du « gender », ni des droits de l’enfant ; ici, elle se confie en tant que catholique. Elle ouvre son cœur et nous donne un témoignage spirituel étonnant. Elle nous livre, en fait, à travers l’exposition de sa situation matrimoniale et sa relation avec Dieu et l’Église, sa vision de la famille.

Nous ne souhaitons ni remettre en cause la démarche sincère de Béatrice Bourges, ni la juger sur son chemin spirituel, qui ne concerne qu’elle et les siens et qui, souvent, n’est compris que par Dieu. Mais comme elle est un personnage public qui nous fait part de ses pensées, nous sentions la grave nécessité d’expliquer en quoi ce livre est, pour ce qu’il dit et fait croire, très inquiétant ; d’autant plus qu’il est représentatif de la pensée ambiante de beaucoup de chrétiens.

Une démarche spirituelle limitée

D’un milieu bourgeois et catholique, Béatrice Bourges raconte la reconversion « foudroyante » mais en même temps progressive, qu’elle a connu suite à son divorce. Elle ne relate pas les causes de l’échec de son mariage mais décrit ses sentiments face à ces épreuves. Elle n’explique pas non plus les raisons qui l’ont poussée à se « remarier ». Elle nous expose en revanche les causes de sa révolte contre l’Église (qui refuse l’accès à la communion aux « divorcés-remariés ») et contre une société chrétienne dure, parfois intransigeante et peu charitable. Peu à peu, Béatrice Bourges trouve sa place, se laisse toucher par le Christ, puis accepte les exigences de l’Église qu’elle conçoit désormais comme « éducatives » et pardonne aux chrétiens qui la jugent.
Béatrice Bourges se place donc en « conservatrice » dans le contexte actuel qui voit se développer des désirs « d’ouverture » face aux « remariés ». Elle prône l’obéissance aux règles de l’Église dans le domaine des sacrements.

Béatrice Bourges haranguant la foule lors d’une « Manif pour tous » en 2013.
Béatrice Bourges haranguant
la foule lors d’une
« Manif pour tous » en 2013.

Lorsque nous lisons certains passages de son journal intime, nous ne pouvons qu’être en admiration face à sa relation avec les trois personnes de la Trinité et avec la Sainte Vierge ; elle développe avec Eux une intimité extraordinaire basée sur un amour magnifique. L’idée qu’elle aurait la vocation religieuse peut même nous effleurer plus d’une fois.
Mais malgré son acceptation des règles de l’Église et sa relation très étroite avec le Seigneur, elle ne remet pas en cause sa situation matrimoniale… En effet, elle se prétend (re)mariée, alors qu’elle ne l’est que civilement, ce qui, selon la morale chrétienne équivaut à un adultère public. Elle refuse la fidélité conjugale (à son « vrai » mari), refuse donc de manière permanente un des commandements de Dieu, péché grave dont découle son impossibilité de communier.
Aussi, elle parle de sa situation face aux sacrements comme d’une fatalité indépendante de sa personne, comme si elle n’était pas responsable et ne pouvait rien y faire ; ce qui peut agacer le catholique moyen en règle avec les lois matrimoniales — parfois malgré d’égales difficultés — considéré par Béatrice Bourges comme un « chanceux », parce qu’il prend les moyens d’accéder à l’Eucharistie.

Mais ce n’est pas l’Église qui exclut Béatrice Bourges des sacrements : elle s’en prive elle-même, préférant son péché mortel, celui-ci pouvant la condamner à être éloignée éternellement de ce Dieu qu’elle dit adorer. L’Église l’appelle à la contrition, à la confession, à la fidélité conjugale et à l’Eucharistie : elle refuse. Espérons qu’elle changera d’avis… « Si quelqu’un vient à Moi sans Me préférer à son conjoint ou même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14.26).
Les bras nous en sont tombés lorsque nous avons surligné ce passage dans les dernières pages : « Le Seigneur agit aujourd’hui, au sein de ma famille abîmée, cabossée, mais tellement vivante. Tous les jours, il me montre combien il l’aime, telle qu’elle est, car il connaît notre désir, à mon mari et à moi-même, de la construire à chaque instant, avec lui, sous son regard plein de miséricorde » (p. 44). Encore deux doigts et elle nous dit que Dieu bénit sa famille adultérine recomposée !
L’idée que sa situation soit facile est bien loin de nous, mais la compréhension et la compassion, si douces soient-elles, ne feront pas changer la vérité de la morale chrétienne, et n’atténueront jamais l’incohérence que Béatrice Bourges nous montre quand elle parle d’elle comme « catholique, divorcée , remariée ».

Le « remariage », un scandale social.

La morale sociale s’inspire directement de la morale chrétienne, surtout en ce qui concerne la famille (cellule de base de la société), et ce, pour le bien et l’harmonie de la société tout entière et le salut des âmes. Si le divorce ne peut être « reconnu » par l’Eglise, ni être soutenu par la société, les chrétiens peuvent, en revanche, être tolérants envers les divorcés. Le divorcé, bien que violemment séparé de son conjoint, est en réalité toujours marié (1)le divorce, acte purement administratif et récent, ne peut détruire le lien d’un mariage validement contracté, qu’il soit simplement « naturel » (pour un non baptisé) ou religieux (pour un baptisé)., même si sa fidélité conjugale se « manifestera » de manière limitée. Ainsi, malgré une vie apparente de célibataire, le divorcé n’oubliera pas et ne fera pas oublier qu’il est marié. Si certains catholiques sont durs avec beaucoup de divorcés, ce n’est pas tant une affaire personnelle que sociale. Un divorce n’est jamais souhaitable, il est certes une souffrance pour les concernés mais aussi pour la société. Sans doute est-il important de tout faire pour sauver les mariages, et les prêtres doivent être les premiers à s’y atteler. Mais trop de divorcés, dont Béatrice Bourges, attendent plus qu’une tolérance : ils attendent une reconnaissance qu’ils assimilent à de la charité. Reconnaissance de leur divorce qui peut les entraîner vers un « remariage ».
Le « remariage » n’est autre qu’un adultère public, qui crée un scandale social, d’autant plus grave qu’il se prétend un mariage. Il va au delà d’un concubinage, car cherche consciemment ou non à mentir sur sa situation. Ainsi, nous voyons Béatrice Bourges parler de sa « famille » et de son « mari ». Peut-être porte-telle le nom de celui-ci, et l’alliance qu’il lui a offert devant le maire. Ces « remariages » de catholiques trompent la société, et endorment les protagonistes dans une illusion de conjugalité. Alors, lorsque leur vraie situation leur est rappelée, ils s’offusquent du manque de charité des chrétiens qui travaillent à préserver la morale… Ils se scandalisent des effets du scandale qu’ils provoquent…
Béatrice Bourges demande de la charité de la part des chrétiens. Mais être charitable, ce n’est pas accepter le péché et le scandale, c’est éclairer et avertir le pécheur, l’aider à développer sa conscience, avec délicatesse, mais fermeté.

Note de L’Héritage :

Charitable ?

B. Bourges témoigne d’une conception moderne et erronée de la charité, quand elle reproche à des paroissiens d’en manquer.
La charité, au sens chrétien, ce n’est pas faire plaisir à quelqu’un, ou être délicat et doux, ou ne pas le déranger et le soutenir quels que soient ses choix.
Le catéchisme du pape Saint Pie X définit : « la Charité est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu » et « aimer le prochain comme soi-même, c’est lui désirer et lui faire, autant qu’on le peut, le bien que nous devons désirer pour nous-mêmes, et ne lui désirer et ne lui faire aucun mal. »
Procurer ou favoriser ce vrai bien nécessite de le connaître et de le reconnaître : la charité et la vérité sont liées.
La charité exige parfois de tenir des propos qui seront de prime abord peu agréables à celui que l’on veut aider ou corriger fraternellement.

La famille selon Béatrice Bourges

Que penser alors de la vision de la famille de Béatrice Bourges, ouvertement catholique, mais aussi ouvertement infidèle à son mari, et vivant ouvertement avec un homme qu’elle fait passer pour son mari ? Où est passée l’étonnante militante qui, à l’époque de la Manif pour tous, défendait « la famille traditionnelle ». La défense de celle-ci passe par la saine utilisation des termes : mariage, famille, conjugalité, fidélité. La famille est le mariage légitime. Ce que Béatrice Bourges appelle « sa famille » n’est pas une famille, celui qu’elle appelle « son mari » n’est pas son mari. Elle nous touche, évidemment, en nous expliquant à quel point elle aime son « mari », qu’il est un bon père pour ses enfants, à quel point ceux-ci sont merveilleux et équilibrés. Elle nous parle d’amour sincère, du malheur de certaines familles catholiques, du bonheur de la sienne, d’injustice, de souffrances, de stigmatisation, de révolte. Mais elle ne fait que du sentimentalisme, avec les mêmes arguments que les militants homosexuels lui crachaient à la figure.
Béatrice Bourges participe, malheureusement, à l’égarement des âmes et des esprits : d’abord en faisant croire que l’on peut se rapprocher de Dieu tout en refusant de renoncer au péché mortel, qui nous place pourtant, de facto, en inimitié avec Lui ; Ensuite en prétendant défendre la famille traditionnelle alors qu’elle montre en exemple, par sa vie assumée, une famille déchirée par un divorce et recomposée dans l’adultère.
Grande est notre déception de constater que le plus radical et le plus catholique visage de la Manif pour tous ne défend, en somme, que l’union hétérosexuelle. Malheureusement, l’union hétérosexuelle n’est qu’un fait biologique, il n’est ni la famille naturelle, ni la famille catholique. La famille naturelle, c’est le mariage légitime ; la famille catholique, c’est de sublimer le mariage légitime en le rendant mariage chrétien. »

Christine DOL

[tiré de L’Héritage n°10]


Notes   [ + ]

1. le divorce, acte purement administratif et récent, ne peut détruire le lien d’un mariage validement contracté, qu’il soit simplement « naturel » (pour un non baptisé) ou religieux (pour un baptisé).

Antonio de Oliveira Salazar – entretien avec Jean-Claude Rolinat

Antonio de Oliveira Salazar (1889-1970) fut le chef de l’Etat — nationaliste et catholique — portugais durant quarante-deux ans (record européen dans la catégorie des « méchants dictateurs »).
Réputé pour son humilité et son mode de vie particulièrement sobre, il a tenté de mener une politique conforme à la doctrine sociale de l’Eglise.
Au sujet de cette personnalité finalement assez peu connue, on avait surtout la biographie de Jacques Ploncard d’Assac.(1)Salazar, éditions DMM, 1983. 364 pages, 24 €. Disponible ici.
Elle vient d’être complétée par un ouvrage bref mais dense et fort instructif, signé de Jean-Claude Rolinat : Salazar, le regretté.(2)Editions Les Bouquins de Synthèse nationale, 2012. 164 pages, 18 €. Disponible ici.
Celui de Ploncard est sans doute plus détaillé et fait de longues considérations politiques qu’il est nécessaire de replacer dans le contexte de l’époque (il fut écrit au début des années 60) pour les comprendre. Il est assez précis et fournit beaucoup de détails vécus par l’auteur.
Afficher l'image d'origineLe livre de Jean-Claude Rolinat, récemment paru, est plus facile à lire. Il va à l’essentiel et permet de comprendre l’histoire du Doutor (il était ainsi appelé par ses partisans) ainsi que celle du Portugal du XXe siècle.
C’est un livre destiné à la « vulgarisation », aisément compréhensible. En dépit de ce que son titre peut laisser croire, il  ne s’agit pas d’une hagiographie mais d’un texte à la fois synthétique et précis sur l’homme, sa vie, son œuvre, sa politique, et, à travers tout cela, sur une page de l’histoire du Portugal.

Jacques Meunier

L’Héritage : d’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

Jean-Claude Rolinat : Oliveira  Salazar m’a toujours intéressé et  intrigué comme personnage historique. Au tout début des années soixante, alors que j’étais un très jeune adulte, l’Algérie française mourait. En même temps, les provinces portugaises d’outre-mer, selon la terminologie officielle de Lisbonne, étaient agressées par la subversion marxiste qui entretenait des guérillas naissantes : PAIGC en Guinée Bissau, UPA, puis MPLA prosoviétique et UNITA prochinoise (avant de devenir l’instrument des occidentaux comme le FNLA   d’ailleurs, lors de l’indépendance en 1975), sans oublier le FRELIMO au Mozambique. Le Portugal, héroïque petit pays à la tête d’un Empire gigantesque, multi-ethnique et pluri-continental, m’apparaissait alors comme le continuateur dans ses possessions de ce que nous avions raté dans les nôtres. J’étais jeune et je n’avais pas bien analysé à l’époque les rapports de force et les évolutions démographiques… Visitant ce pays à la pointe occidentale de l’Europe, je me suis plongé dans la lecture de sa…constitution, j’ai observé avec  attention le fonctionnement et l’évolution de ses institutions, j’ai lu « Salazar dans le texte », des écrits très Maurrassiens d’esprit, — d’ailleurs les deux hommes  ont entretenu une correspondance suivie —,bref dans l’ambiance gaulliste du désengagement français de son Empire, le Portugal me « vengeait » en quelque sorte par procuration !

Comment caractériseriez-vous le régime de Salazar et en quoi se distingue-t-il de ceux de Mussolini et Franco ?

Afficher l'image d'origineJ-C R. : La seule ressemblance avec le régime de Benito  Mussolini est dans l’adoption du corporatisme pour l’organisation économique et sociale. Même si l’Union Nationale, la future Action Nationale Populaire était de fait le parti unique comme pouvait l’être le Parti fasciste à Rome, la constitution portugaise restait dans la lettre une loi fondamentale d’esprit parlementaire, avec le jeu  rituel des élections. Pas de culte de la personnalité semblable à celui qui entourait le leader italien, contrairement à ce dernier peu de rassemblements de foules à haranguer. Même remarque vis-à-vis du franquisme, système politique reposant sur un homme fédérant toutes les tendances du Movimiento. Par contre, ce qui rapprochait les deux pays de la péninsule ibérique, c’était la place prépondérante de l’Eglise  dans la société, l’exaltation du patriotisme et un farouche anticommunisme.

Et comment caractériseriez-vous l’homme lui-même ?

J-C R. : Oliveira Salazar, né le  28 avril 1889  dans une famille modeste, était un intellectuel brillant, très pieux, austère et travailleur, d’une probité inattaquable,  cette dernière vertu étant sous nos cieux et à notre époque, vous me l’accorderez, plutôt rare ! Il avait une très haute idée de sa fonction. Appelé une première fois aux affaires par les militaires en 1926, il lui fallut attendre d’avoir les pleins pouvoirs en 1932 pour instaurer en mars 1933 l’Estado Novo après un plébiscite électoralement gagné. Le  pays sortait d’une longue crise politique après l’assassinat du Roi et de son héritier en 1908 et l’instabilité des gouvernements républicains successifs. De gré ou de force, il allait rendre le Portugal  gouvernable : « Les institutions et les lois doivent fonctionner de telle manière qu’elles obligent à être patriote quiconque ne l’est pas par discipline ou par vertu », disait-il. Vous imaginez les réactions si un responsable politique tenait un tel discours de nos jours ce qui dénote, en passant, la spirale de décadence dans laquelle nous tourbillonnons ! La vérité c’était que le Portugal était ingouvernable et qu’il lui fallait, pour progresser, un homme à poigne. Salazar fut cet homme-là. Solitaire tout en étant proche du petit peuple et contrairement au  général Franco qui industrialisa massivement l’Espagne, l’ancien séminariste, l’universitaire de Coïmbra qui craignait un monde ouvrier syndicalisé, un prolétariat revendicatif, misait plutôt sur la petite paysannerie : « un arpent de vignes et une paire de bœufs »…

Que pensez-vous de l’argument courant selon lequel le salazarisme a plongé ou maintenu le Portugal dans la pauvreté ?

LIRE LA SUITE DE CET ENTRETIEN DANS L’HÉRITAGE N°8 :

Notes   [ + ]

1. Salazar, éditions DMM, 1983. 364 pages, 24 €. Disponible ici.
2. Editions Les Bouquins de Synthèse nationale, 2012. 164 pages, 18 €. Disponible ici.