Histoire de France : le mauvais roman de Jean-Christian Petitfils

Rappel : les recensions s’apparentent chez nous à des tribunes libres.

Article paru dans notre n°14.

Par Jérôme Lingon

« L’ouvrage scandaleux d’un « historien » fameux dans les milieux conservateurs — l’Histoire passionnée de la France de Jean Sévillia —, avait été sévèrement critiqué, à juste titre, dans un précédent numéro de cette revue.

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« La Révolution française » : entretien avec Philippe Pichot-Bravard

Afficher l'image d'origineLa Révolution française, de Philippe Pichot-Bravard.
Préface de Philippe de Villiers, éditions Via Romana, 294 pages, 2014. Disponible ici.

Jeune universitaire et auteur(1)docteur en droit et maître de conférences en histoire du droit public, il a aussi publié Le pape ou l’empereur : les catholiques et Napoléon III (Tempora, 2008), Conserver l’ordre constitutionnel (XVIe-XIXe siècle) (LGDJ, 2011), Histoire constitutionnelle des Parlements de l’Ancienne France (Ellipses, 2012)., Philippe Pichot-Bravard est l’auteur d’un livre remarquable sur un sujet d’une importance considérable. Certes, les livres et même les bons livres ne manquent pas autour de cet épisode tragique aux conséquences incalculables, mais l’approche est ici renouvelée et offre une utile synthèse ainsi qu’une mise en perspective intéressante.
Rédigé dans un langage clair et suivant un plan chronologique, il est aisément accessible.

Il s’agit d’un ouvrage que nous recommandons dans le cadre d’une bonne formation historico-politique.

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ce thème ?

Je me suis toujours intéressé à la Révolution française. Depuis ma plus tendre enfance, je suis hanté par cette terrible tragédie. L’exécution de Louis XVI me plongeait dans des abîmes de perplexité. Ce crime m’apparaissait à la fois terrible et incompréhensible. Avec l’âge, je n’ai pas cherché seulement à connaître les faits et les acteurs mais aussi à comprendre les idées et les mentalités. J’ai cherché en particulier à résoudre la contradiction qui semblait opposer le discours humaniste des constituants de 89 et les horreurs qui ravageaient au même moment la France. La clé qui me permettait de résoudre cette énigme, je l’ai trouvée à l’Université, en deuxième année de droit, dans le cours d’histoire de la Pensée politique dispensé par le professeur Xavier Martin, très grand universitaire à l’égard duquel j’estime avoir une dette imprescriptible.

Il existe déjà une littérature abondante au sujet de la Révolution ; qu’apporte votre livre ?

Ce livre n’a pas pour ambition de raconter une nouvelle fois des anecdotes mille fois ressassées. Son ambition est d’intégrer à une relecture complète de la Révolution les travaux scientifiques particuliers qui ont permis, au cours de ces dernières décennies, de porter un regard neuf sur des aspects importants de l’histoire de la Révolution : ceux de Xavier Martin sur l’anthropologie des Lumières, ceux de Jean de Viguerie sur l’éducation, sur la religion, sur les idées politiques de Louis XVI, ceux de Reynald Secher sur l’extermination vendéenne, ceux de Mona Ozouf sur la régénération révolutionnaire, plus anciennement ceux, inachevés hélas, d’Augustin Cochin sur les sociétés de pensée. Nourris de ces travaux, et de la consultation assidue des archives parlementaires, j’ai tenté de faire comprendre ce qu’avait été la Révolution : la Révolution française a été une entreprise idéologique de construction d’un monde nouveau, de régénération de la société, et de régénération de l’homme.

Dans la chronologie que vous établissez, Descartes et le cartésianisme semblent constituer les prémices intellectuelles du phénomène révolutionnaire. Quel fut leur rôle ?

L’œuvre de René Descartes, et l’usage plus ou moins déformant qu’en ont fait ses disciples, a eu une influence décisive dans l’histoire des idées, dans l’histoire des mentalités et dans l’histoire des institutions. Le prestige intellectuel de Descartes a été considérable. Comme l’a montré Jean de Viguerie dans sa thèse, dès le commencement du XVIIIe siècle, les professeurs de philosophie des collèges adoptent l’enseignement de la méthode cartésienne au détriment de la méthode thomiste. Les élites furent, dès lors, formées à une autre logique intellectuelle ; elles eurent de plus en plus de mal à comprendre certains aspects du monde traditionnel dans lequel elles vivaient et devinrent plus réceptives aux idées nouvelles.
Descartes invite à faire table rase des connaissances acquises afin de redécouvrir la réalité des choses en faisant usage de la Raison humaine. La Raison est séparée de la Foi. Elle se fonde sur l’application de la méthode des sciences mathématiques à tous les domaines de la connaissance. La mise en œuvre de ces méthodes scientifiques permettra, croit-on, de trouver, infailliblement, la solution la plus adaptée, la plus rationnelle, à chaque situation. Un progrès constant vers la perfection découlera nécessairement de l’application de lois scientifiques. Comme l’a montré Frédéric Rouvillois, Descartes et ses disciples ont inventé le progrès, et le progressisme, c’est-à-dire la conviction que le monde, grâce aux sciences et techniques, se perfectionne peu à peu, que l’histoire a un sens, allant du moins bon vers le meilleur. A la veille de la Révolution, l’idéologie des Lumières prétend connaître les lois scientifiques qui permettront de construire un monde nouveau promettant à tous le bonheur. Les acteurs de la Révolution vont tout d’abord faire table rase du passé pour établir ensuite une organisation sociale rationnelle, agençant les intérêts individuels de sorte à rendre la vie sociale paisible. La présomption d’infaillibilité dont le scientisme revêt cette idéologie est la cause directe de la dérive totalitaire qui caractérisa très tôt la Révolution. Quelques décennies plus tôt, l’abbé de Saint-Pierre avait eu cette appréciation qui en annonçait le risque : « Quand le pouvoir est uni à la raison, il ne saurait jamais être trop grand et trop despotique pour l’utilité de la société ».

Ne peut-on remonter plus haut dans la généalogie idéologique révolutionnaire ?

Une révolution intellectuelle déterminante a marqué le deuxième quart du XVIIe siècle :

LIRE LA SUITE DE CE GRAND ENTRETIEN DANS  L’HÉRITAGE n°10 :

Notes   [ + ]

1. docteur en droit et maître de conférences en histoire du droit public, il a aussi publié Le pape ou l’empereur : les catholiques et Napoléon III (Tempora, 2008), Conserver l’ordre constitutionnel (XVIe-XIXe siècle) (LGDJ, 2011), Histoire constitutionnelle des Parlements de l’Ancienne France (Ellipses, 2012).

« La joie de l’amour ? » – Critique du dernier livre de Béatrice Bourges

« Béatrice B, catholique divorcée remariée », Éditions Artège, 220 p., 14,9 €
« Béatrice B, catholique divorcée remariée », Éditions Artège.

« À l’occasion de la XIXe assemblée générale ordinaire du synode des évêques sur la famille fin 2015, l’une des figures les plus radicales de la « Manif pour tous » a écrit un livre poignant : Béatrice B, catholique divorcée remariée.

Suite à la publication de l’exhortation apostolique Amoris laetitia en avril dernier, cet ouvrage retrouve une réelle actualité. Ici, Béatrice Bourges ne traite pas du « mariage homosexuel », ni du « gender », ni des droits de l’enfant ; ici, elle se confie en tant que catholique. Elle ouvre son cœur et nous donne un témoignage spirituel étonnant. Elle nous livre, en fait, à travers l’exposition de sa situation matrimoniale et sa relation avec Dieu et l’Église, sa vision de la famille.

Nous ne souhaitons ni remettre en cause la démarche sincère de Béatrice Bourges, ni la juger sur son chemin spirituel, qui ne concerne qu’elle et les siens et qui, souvent, n’est compris que par Dieu. Mais comme elle est un personnage public qui nous fait part de ses pensées, nous sentions la grave nécessité d’expliquer en quoi ce livre est, pour ce qu’il dit et fait croire, très inquiétant ; d’autant plus qu’il est représentatif de la pensée ambiante de beaucoup de chrétiens.

Une démarche spirituelle limitée

D’un milieu bourgeois et catholique, Béatrice Bourges raconte la reconversion « foudroyante » mais en même temps progressive, qu’elle a connu suite à son divorce. Elle ne relate pas les causes de l’échec de son mariage mais décrit ses sentiments face à ces épreuves. Elle n’explique pas non plus les raisons qui l’ont poussée à se « remarier ». Elle nous expose en revanche les causes de sa révolte contre l’Église (qui refuse l’accès à la communion aux « divorcés-remariés ») et contre une société chrétienne dure, parfois intransigeante et peu charitable. Peu à peu, Béatrice Bourges trouve sa place, se laisse toucher par le Christ, puis accepte les exigences de l’Église qu’elle conçoit désormais comme « éducatives » et pardonne aux chrétiens qui la jugent.
Béatrice Bourges se place donc en « conservatrice » dans le contexte actuel qui voit se développer des désirs « d’ouverture » face aux « remariés ». Elle prône l’obéissance aux règles de l’Église dans le domaine des sacrements.

Béatrice Bourges haranguant la foule lors d’une « Manif pour tous » en 2013.
Béatrice Bourges haranguant
la foule lors d’une
« Manif pour tous » en 2013.

Lorsque nous lisons certains passages de son journal intime, nous ne pouvons qu’être en admiration face à sa relation avec les trois personnes de la Trinité et avec la Sainte Vierge ; elle développe avec Eux une intimité extraordinaire basée sur un amour magnifique. L’idée qu’elle aurait la vocation religieuse peut même nous effleurer plus d’une fois.
Mais malgré son acceptation des règles de l’Église et sa relation très étroite avec le Seigneur, elle ne remet pas en cause sa situation matrimoniale… En effet, elle se prétend (re)mariée, alors qu’elle ne l’est que civilement, ce qui, selon la morale chrétienne équivaut à un adultère public. Elle refuse la fidélité conjugale (à son « vrai » mari), refuse donc de manière permanente un des commandements de Dieu, péché grave dont découle son impossibilité de communier.
Aussi, elle parle de sa situation face aux sacrements comme d’une fatalité indépendante de sa personne, comme si elle n’était pas responsable et ne pouvait rien y faire ; ce qui peut agacer le catholique moyen en règle avec les lois matrimoniales — parfois malgré d’égales difficultés — considéré par Béatrice Bourges comme un « chanceux », parce qu’il prend les moyens d’accéder à l’Eucharistie.

Mais ce n’est pas l’Église qui exclut Béatrice Bourges des sacrements : elle s’en prive elle-même, préférant son péché mortel, celui-ci pouvant la condamner à être éloignée éternellement de ce Dieu qu’elle dit adorer. L’Église l’appelle à la contrition, à la confession, à la fidélité conjugale et à l’Eucharistie : elle refuse. Espérons qu’elle changera d’avis… « Si quelqu’un vient à Moi sans Me préférer à son conjoint ou même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14.26).
Les bras nous en sont tombés lorsque nous avons surligné ce passage dans les dernières pages : « Le Seigneur agit aujourd’hui, au sein de ma famille abîmée, cabossée, mais tellement vivante. Tous les jours, il me montre combien il l’aime, telle qu’elle est, car il connaît notre désir, à mon mari et à moi-même, de la construire à chaque instant, avec lui, sous son regard plein de miséricorde » (p. 44). Encore deux doigts et elle nous dit que Dieu bénit sa famille adultérine recomposée !
L’idée que sa situation soit facile est bien loin de nous, mais la compréhension et la compassion, si douces soient-elles, ne feront pas changer la vérité de la morale chrétienne, et n’atténueront jamais l’incohérence que Béatrice Bourges nous montre quand elle parle d’elle comme « catholique, divorcée , remariée ».

Le « remariage », un scandale social.

La morale sociale s’inspire directement de la morale chrétienne, surtout en ce qui concerne la famille (cellule de base de la société), et ce, pour le bien et l’harmonie de la société tout entière et le salut des âmes. Si le divorce ne peut être « reconnu » par l’Eglise, ni être soutenu par la société, les chrétiens peuvent, en revanche, être tolérants envers les divorcés. Le divorcé, bien que violemment séparé de son conjoint, est en réalité toujours marié (1)le divorce, acte purement administratif et récent, ne peut détruire le lien d’un mariage validement contracté, qu’il soit simplement « naturel » (pour un non baptisé) ou religieux (pour un baptisé)., même si sa fidélité conjugale se « manifestera » de manière limitée. Ainsi, malgré une vie apparente de célibataire, le divorcé n’oubliera pas et ne fera pas oublier qu’il est marié. Si certains catholiques sont durs avec beaucoup de divorcés, ce n’est pas tant une affaire personnelle que sociale. Un divorce n’est jamais souhaitable, il est certes une souffrance pour les concernés mais aussi pour la société. Sans doute est-il important de tout faire pour sauver les mariages, et les prêtres doivent être les premiers à s’y atteler. Mais trop de divorcés, dont Béatrice Bourges, attendent plus qu’une tolérance : ils attendent une reconnaissance qu’ils assimilent à de la charité. Reconnaissance de leur divorce qui peut les entraîner vers un « remariage ».
Le « remariage » n’est autre qu’un adultère public, qui crée un scandale social, d’autant plus grave qu’il se prétend un mariage. Il va au delà d’un concubinage, car cherche consciemment ou non à mentir sur sa situation. Ainsi, nous voyons Béatrice Bourges parler de sa « famille » et de son « mari ». Peut-être porte-telle le nom de celui-ci, et l’alliance qu’il lui a offert devant le maire. Ces « remariages » de catholiques trompent la société, et endorment les protagonistes dans une illusion de conjugalité. Alors, lorsque leur vraie situation leur est rappelée, ils s’offusquent du manque de charité des chrétiens qui travaillent à préserver la morale… Ils se scandalisent des effets du scandale qu’ils provoquent…
Béatrice Bourges demande de la charité de la part des chrétiens. Mais être charitable, ce n’est pas accepter le péché et le scandale, c’est éclairer et avertir le pécheur, l’aider à développer sa conscience, avec délicatesse, mais fermeté.

Note de L’Héritage :

Charitable ?

B. Bourges témoigne d’une conception moderne et erronée de la charité, quand elle reproche à des paroissiens d’en manquer.
La charité, au sens chrétien, ce n’est pas faire plaisir à quelqu’un, ou être délicat et doux, ou ne pas le déranger et le soutenir quels que soient ses choix.
Le catéchisme du pape Saint Pie X définit : « la Charité est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu » et « aimer le prochain comme soi-même, c’est lui désirer et lui faire, autant qu’on le peut, le bien que nous devons désirer pour nous-mêmes, et ne lui désirer et ne lui faire aucun mal. »
Procurer ou favoriser ce vrai bien nécessite de le connaître et de le reconnaître : la charité et la vérité sont liées.
La charité exige parfois de tenir des propos qui seront de prime abord peu agréables à celui que l’on veut aider ou corriger fraternellement.

La famille selon Béatrice Bourges

Que penser alors de la vision de la famille de Béatrice Bourges, ouvertement catholique, mais aussi ouvertement infidèle à son mari, et vivant ouvertement avec un homme qu’elle fait passer pour son mari ? Où est passée l’étonnante militante qui, à l’époque de la Manif pour tous, défendait « la famille traditionnelle ». La défense de celle-ci passe par la saine utilisation des termes : mariage, famille, conjugalité, fidélité. La famille est le mariage légitime. Ce que Béatrice Bourges appelle « sa famille » n’est pas une famille, celui qu’elle appelle « son mari » n’est pas son mari. Elle nous touche, évidemment, en nous expliquant à quel point elle aime son « mari », qu’il est un bon père pour ses enfants, à quel point ceux-ci sont merveilleux et équilibrés. Elle nous parle d’amour sincère, du malheur de certaines familles catholiques, du bonheur de la sienne, d’injustice, de souffrances, de stigmatisation, de révolte. Mais elle ne fait que du sentimentalisme, avec les mêmes arguments que les militants homosexuels lui crachaient à la figure.
Béatrice Bourges participe, malheureusement, à l’égarement des âmes et des esprits : d’abord en faisant croire que l’on peut se rapprocher de Dieu tout en refusant de renoncer au péché mortel, qui nous place pourtant, de facto, en inimitié avec Lui ; Ensuite en prétendant défendre la famille traditionnelle alors qu’elle montre en exemple, par sa vie assumée, une famille déchirée par un divorce et recomposée dans l’adultère.
Grande est notre déception de constater que le plus radical et le plus catholique visage de la Manif pour tous ne défend, en somme, que l’union hétérosexuelle. Malheureusement, l’union hétérosexuelle n’est qu’un fait biologique, il n’est ni la famille naturelle, ni la famille catholique. La famille naturelle, c’est le mariage légitime ; la famille catholique, c’est de sublimer le mariage légitime en le rendant mariage chrétien. »

Christine DOL

[tiré de L’Héritage n°10]


Notes   [ + ]

1. le divorce, acte purement administratif et récent, ne peut détruire le lien d’un mariage validement contracté, qu’il soit simplement « naturel » (pour un non baptisé) ou religieux (pour un baptisé).

Antonio de Oliveira Salazar – entretien avec Jean-Claude Rolinat

Antonio de Oliveira Salazar (1889-1970) fut le chef de l’Etat — nationaliste et catholique — portugais durant quarante-deux ans (record européen dans la catégorie des « méchants dictateurs »).
Réputé pour son humilité et son mode de vie particulièrement sobre, il a tenté de mener une politique conforme à la doctrine sociale de l’Eglise.
Au sujet de cette personnalité finalement assez peu connue, on avait surtout la biographie de Jacques Ploncard d’Assac.(1)Salazar, éditions DMM, 1983. 364 pages, 24 €. Disponible ici.
Elle vient d’être complétée par un ouvrage bref mais dense et fort instructif, signé de Jean-Claude Rolinat : Salazar, le regretté.(2)Editions Les Bouquins de Synthèse nationale, 2012. 164 pages, 18 €. Disponible ici.
Celui de Ploncard est sans doute plus détaillé et fait de longues considérations politiques qu’il est nécessaire de replacer dans le contexte de l’époque (il fut écrit au début des années 60) pour les comprendre. Il est assez précis et fournit beaucoup de détails vécus par l’auteur.
Afficher l'image d'origineLe livre de Jean-Claude Rolinat, récemment paru, est plus facile à lire. Il va à l’essentiel et permet de comprendre l’histoire du Doutor (il était ainsi appelé par ses partisans) ainsi que celle du Portugal du XXe siècle.
C’est un livre destiné à la « vulgarisation », aisément compréhensible. En dépit de ce que son titre peut laisser croire, il  ne s’agit pas d’une hagiographie mais d’un texte à la fois synthétique et précis sur l’homme, sa vie, son œuvre, sa politique, et, à travers tout cela, sur une page de l’histoire du Portugal.

Jacques Meunier

L’Héritage : d’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

Jean-Claude Rolinat : Oliveira  Salazar m’a toujours intéressé et  intrigué comme personnage historique. Au tout début des années soixante, alors que j’étais un très jeune adulte, l’Algérie française mourait. En même temps, les provinces portugaises d’outre-mer, selon la terminologie officielle de Lisbonne, étaient agressées par la subversion marxiste qui entretenait des guérillas naissantes : PAIGC en Guinée Bissau, UPA, puis MPLA prosoviétique et UNITA prochinoise (avant de devenir l’instrument des occidentaux comme le FNLA   d’ailleurs, lors de l’indépendance en 1975), sans oublier le FRELIMO au Mozambique. Le Portugal, héroïque petit pays à la tête d’un Empire gigantesque, multi-ethnique et pluri-continental, m’apparaissait alors comme le continuateur dans ses possessions de ce que nous avions raté dans les nôtres. J’étais jeune et je n’avais pas bien analysé à l’époque les rapports de force et les évolutions démographiques… Visitant ce pays à la pointe occidentale de l’Europe, je me suis plongé dans la lecture de sa…constitution, j’ai observé avec  attention le fonctionnement et l’évolution de ses institutions, j’ai lu « Salazar dans le texte », des écrits très Maurrassiens d’esprit, — d’ailleurs les deux hommes  ont entretenu une correspondance suivie —,bref dans l’ambiance gaulliste du désengagement français de son Empire, le Portugal me « vengeait » en quelque sorte par procuration !

Comment caractériseriez-vous le régime de Salazar et en quoi se distingue-t-il de ceux de Mussolini et Franco ?

Afficher l'image d'origineJ-C R. : La seule ressemblance avec le régime de Benito  Mussolini est dans l’adoption du corporatisme pour l’organisation économique et sociale. Même si l’Union Nationale, la future Action Nationale Populaire était de fait le parti unique comme pouvait l’être le Parti fasciste à Rome, la constitution portugaise restait dans la lettre une loi fondamentale d’esprit parlementaire, avec le jeu  rituel des élections. Pas de culte de la personnalité semblable à celui qui entourait le leader italien, contrairement à ce dernier peu de rassemblements de foules à haranguer. Même remarque vis-à-vis du franquisme, système politique reposant sur un homme fédérant toutes les tendances du Movimiento. Par contre, ce qui rapprochait les deux pays de la péninsule ibérique, c’était la place prépondérante de l’Eglise  dans la société, l’exaltation du patriotisme et un farouche anticommunisme.

Et comment caractériseriez-vous l’homme lui-même ?

J-C R. : Oliveira Salazar, né le  28 avril 1889  dans une famille modeste, était un intellectuel brillant, très pieux, austère et travailleur, d’une probité inattaquable,  cette dernière vertu étant sous nos cieux et à notre époque, vous me l’accorderez, plutôt rare ! Il avait une très haute idée de sa fonction. Appelé une première fois aux affaires par les militaires en 1926, il lui fallut attendre d’avoir les pleins pouvoirs en 1932 pour instaurer en mars 1933 l’Estado Novo après un plébiscite électoralement gagné. Le  pays sortait d’une longue crise politique après l’assassinat du Roi et de son héritier en 1908 et l’instabilité des gouvernements républicains successifs. De gré ou de force, il allait rendre le Portugal  gouvernable : « Les institutions et les lois doivent fonctionner de telle manière qu’elles obligent à être patriote quiconque ne l’est pas par discipline ou par vertu », disait-il. Vous imaginez les réactions si un responsable politique tenait un tel discours de nos jours ce qui dénote, en passant, la spirale de décadence dans laquelle nous tourbillonnons ! La vérité c’était que le Portugal était ingouvernable et qu’il lui fallait, pour progresser, un homme à poigne. Salazar fut cet homme-là. Solitaire tout en étant proche du petit peuple et contrairement au  général Franco qui industrialisa massivement l’Espagne, l’ancien séminariste, l’universitaire de Coïmbra qui craignait un monde ouvrier syndicalisé, un prolétariat revendicatif, misait plutôt sur la petite paysannerie : « un arpent de vignes et une paire de bœufs »…

Que pensez-vous de l’argument courant selon lequel le salazarisme a plongé ou maintenu le Portugal dans la pauvreté ?

LIRE LA SUITE DE CET ENTRETIEN DANS L’HÉRITAGE N°8 :

Notes   [ + ]

1. Salazar, éditions DMM, 1983. 364 pages, 24 €. Disponible ici.
2. Editions Les Bouquins de Synthèse nationale, 2012. 164 pages, 18 €. Disponible ici.

« La Réforme, cette révolution », d’Alain Pascal

« Le siècle de la folie », Ed. des Cimes, 624 p., 28 €, 2014. Disponible ici.

Ce dernier livre publié, inédit, traite de ce qui a été appelé communément (et de façon impropre) la « Réforme »(1)la véritable réforme étant… la « Contre-Réforme »., c’est-à-dire la survenue du « protestantisme ».

Dans cet ouvrage volumineux et dense, l’auteur présente ce phénomène qui ébranla la Civilisation moins comme une réforme que comme une « révolution », d’ailleurs non seulement religieuse mais aussi politique ; car, « au-delà d’un bouleversement du dogme de l’Église et des Sacrements, Luther est responsable du premier nationalisme révolutionnaire, le nationalisme allemand qui s’attaque à l’Empire de Charles Quint. » Une approche peu courante qui donne du sel à cette étude.

Pour résumer la thèse historique d’Alain Pascal, la « Réforme » est « la conséquence de la Renaissance et donc un produit de la gnose et de la Kabbale ». Il fait peu de cas du politiquement correct et c’est heureux, ne s’interdisant d’ailleurs pas de nombreuses digressions politiques actuelles : autant d’analyses supplémentaires offertes au lecteur mais aussi d’occasions de froisser des lecteurs venus d’horizons plus à la mode. Tant pis, ou tant mieux car il est parfois salutaire à certains de voir chahutées des certitudes douteuses inculquées par les médias ou l’école publique.

Tout d’abord, Alain Pascal replace cette nouvelle étude dans la perspective de sa série la Guerre des gnoses, dont la Réforme serait un aboutissement, à la suite de la « Renaissance » et de son Humanisme (triomphant avec l’Eloge de la Folie d’Erasme(2)ce traité étant carrément une transcription de «  la Kabbale, [et] une véritable déclaration de guerre contre le rationalisme scolastique ».).

Se penchant ensuite sur Luther, qu’il décrit comme un « superstitieux » et « l’anti- saint Thomas d’Aquin », il en expose les influences gnostiques et kabbalistiques.

« Hérétique néo-platonicien », Luther a une conception irrationnelle de la foi ; n’ayant rien compris à la scolastique et d’un orgueil démesuré, pour créer son système, il oppose faussement saint Augustin à saint Thomas d’Aquin.

Alain Pascal s’attarde sur les rapports entre Luther et les Humanistes, ces derniers poussant l’hérésiarque à l’attaque. Il entend montrer « comment Luther insère le nationalisme allemand dans la guerre Humaniste contre l’Église » et comment il s’attaque à la tradition de l’Occident, annonçant finalement les « effroyables temps modernes ».

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Alain Pascal s’attarde, sans détour et sans mettre de gants, sur les influences démoniaques de Luther et aborde même la question peu connue des rencontres entre ce dernier et… le Diable (racontées par Luther). Puis il évoque « le luthéranisme politique et l’histoire secrète du nationalisme allemand » avant de revenir sur les liens entre la Kabbale et la révolution luthérienne, d›exposer « comment le protestantisme est l’islam  d’Occident »

Ce volumineux pavé, qui n’est pas d’une lecture très aisée, est un véritable puits de données généralement peu connues et il propose des analyses parfois audacieuses, mais toujours dignes d’intérêt et stimulantes, même si l’on peut être en désaccord avec l’auteur.
Ses index ainsi que sa table des matières détaillée en font un bon outil de travail.

Jacques Meunier

[tiré de L’Héritage n°10]


Notes   [ + ]

1. la véritable réforme étant… la « Contre-Réforme ».
2. ce traité étant carrément une transcription de «  la Kabbale, [et] une véritable déclaration de guerre contre le rationalisme scolastique ».

« L’Héritage de Vichy »

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Ed. Armand Colin, 237 p., 27,5 €, 2012

L’Héritage de Vichy, « Ces 100 mesures toujours en vigueur », de Cécile Desprairies. Disponible ici.

« L’État français », communément appelé « Régime de Vichy » est unanimement critiqué par la bien-pensance qui nous gouverne.
Le gouvernement du Maréchal Pétain reste systématiquement associé à la Collaboration, au statut des Juifs, à la lutte contre la Franc-Maçonnerie, à un retour à des valeurs traditionnelles (poussiéreuses, cela va sans dire)…
Sait-on pourtant que de nombreuses mesures prises au cours de cette période relativement courte (quatre ans) sont encore en vigueur ?

Dans un livre fort documenté et richement illustré — à la tonalité parfois légèrement partisane et hostile, mais dans les limites du supportable —, Cécile Desprairies nous décrit et détaille ces directives et lois qui sont encore appliquées actuellement…
Elles ne sont que les restes des 16 000 textes de loi édictés par l’Etat Français : le régime nationaliste fit en effet preuve d’une activité législative intense, novatrice et créative.
Même s’il faut reconnaître que certaines mesures sont héritées des projets du Front Populaire, tandis que d’autres ont été imposées par l’Occupant allemand ou sont simplement le fruit de circonstances.

Nous ne pouvons pas détailler ici l’ensemble de ces textes mais nous notons l’ambition de Vichy de transformer la société française en profondeur en vue d’un retour au réel, ainsi que la volonté ferme de l’amélioration de l’état physique et moral de la nation.
Toutes ces mesures ne sont certes pas dictées par ces impératifs mais il s’agit de modifications concrètes d’habitudes (de santé, d’alimentation, de vie quotidienne,…) qui généralement relèvent à l’évidence du bon sens.

Par exemple, la Licence IV, si précieuse pour un établissement désirant faire commerce d’alcool, a été lancée pour lutter contre l’alcoolisme très présent en ces temps difficiles. Cette licence permettait d’éviter qu’un trop grand nombre de cafés ou bars pullulent sur un territoire donné.
La lutte contre la consommation exagérée de l’alcool est importante pour Vichy, qui met, entre autres, fin au droit de bouilleur de cru.(1)possibilité pour un particulier de distiller son propre alcool.
Afin de protéger les plus fragiles, un salaire minimum est institué (l’ancêtre de notre SMIC), tout comme le menu « plat du jour » le midi dans les brasseries, l’arbre de Noël dans les entreprises, le « ticket de repas » (qui devint par la suite le titre-restaurant)…
C’est à Vichy que nous devons des inventions aussi élémentaires que la carte nationale d’identité ou le code de la route (mis en place pour faciliter la communication avec l’Occupant allemand) mais aussi le numéro de Sécurité sociale.
L’Etat Français intervient aussi dans le domaine professionnel avec la création de l’Ordre des médecins,(2)Nul ne pourra exercer la médecine s’il n’est habilité par le Conseil de l’Ordre. Une des erreurs du Maréchal Pétain sera d’accepter, comme conséquence, l’interdiction des études et du diplôme d’herboristerie. des Experts comptables  mais aussi du médecin-inspecteur du travail, du métier de masseur kinésithérapeute…
C’est en 1941 que sont créés les Groupements Mobiles de Réserve, ancêtres de nos bons amis les CRS…
Le régime du Maréchal Pétain intervient aussi de façon notable dans le sport : introduction du handball (sport alors essentiellement allemand), promeut et assoit le rugby à XV (au détriment du rugby à XIII jugé trop anglais), introduit le sport au baccalauréat,…

La Famille est mise à l’honneur avec l’institution de la célèbre Fête des mères en 1941, l’extension des allocations familiales, la protection médicale de la mère et des jeunes enfants (afin d’éviter les morts en bas âge). L’accouchement sous X est aussi créé à ce moment.

On note aussi la volonté de rompre avec la mentalité laïcarde de la IIIe République par le renouveau des Pèlerinages dont le plus illustre est celui de Lourdes. Plusieurs lieux de culte sont ainsi classés au titre des monuments historiques et le Maréchal se rend dans de nombreux sanctuaires dont celui de Notre-Dame de France au Puy en Velay.
Les congrégations qui étaient bannies de France depuis le début du XXe siècle peuvent désormais revenir s’y installer, tel l’ordre des Chartreux qui est reconnu par une loi de 1941.

Nous ne résistons pas au plaisir de laisser le mot de la fin à un proche spectateur, sinon acteur, de l’époque de Vichy :
« Dans le domaine financier et économique, ces technocrates [ceux de Vichy] s’étaient conduits, malgré toutes les traverses, avec une incontestable habileté. […] Les doctrines sociales de la Révolution nationale, organisation corporative, Charte du Travail, privilèges de la famille, comportaient des idées qui n’étaient pas sans intérêt… ». Ainsi s’exprimait au soir de sa vie, Charles de Gaulle dans ses Mémoires de Guerre (Tome III).

Thierry Beaudier et Jacques Meunier

[tiré de L’Héritage n°10]


Notes   [ + ]

1. possibilité pour un particulier de distiller son propre alcool.
2. Nul ne pourra exercer la médecine s’il n’est habilité par le Conseil de l’Ordre. Une des erreurs du Maréchal Pétain sera d’accepter, comme conséquence, l’interdiction des études et du diplôme d’herboristerie.

« Poèmes de Fresnes », de Robert Brasillach

Poèmes de Fresnes, par Robert Brasillach, Éd. des Cimes, 56 p., 9 €. En vente ici.

Écrivain reconnu et journaliste engagé, Robert Brasillach paya cher les choix qu’il fit durant la Deuxième Guerre mondiale.
Il mourut voici un peu plus de  soixante-dix ans, devant un peloton d’exécution.

Condamné à mort pour des écrits, après un procès de six heures et une délibération de vingt minutes, il ne bénéficia d’aucune grâce en dépit d’une large mobilisation de personnalités de divers bords (tels que Paul Valéry, Paul Claudel, François Mauriac, Albert Camus, Marcel Aymé, Jean Cocteau, Jean Anouilh, Thierry Maulnier…).

Aucun des recours déposés par Jacques Isorni, son avocat, n’aboutit.

Robert Brasillach se retrouva donc à la prison de Fresnes, dans le quartier des condamnés à mort.
Les semaines passant, le funeste sort qui l’attendait se fit de plus en plus certain.
Durant ses quelques mois de captivité, il rédigea secrètement de magnifiques poèmes (il n’avait droit ni à un stylo, ni à du papier), jusqu’à l’issue fatale qui le vit tomber sous des balles françaises, le six février 1945, à l’âge de trente-cinq ans.

A l’occasion de cet anniversaire, ces textes écrits en attendant la mort ont été l’objet d’une nouvelle édition (en format de poche : 10 x 16 cm), soignée et plus que bienvenue !
L’Espérance, l’humanité et la générosité des sentiments qui s’y expriment jurent avec la noirceur de cette période particulièrement cruelle et haineuse qui fut appelée « Épuration ».
Ils dévoilent un poète de grand talent, sensible, témoignant d’une hauteur d’âme remarquable.
Un classique, qui donnera sûrement à certains le goût de la poésie !

Jacques Meunier
Tiré de L’Héritage n°10 :

L’« Histoire passionnée de la France » de Jean Sévillia

Éd. Perrin, 559 p., 2013 ; éd. Pocket (poche), 492 p., 2015.

[Rappel : les recensions de livres sont à considérer comme des tribunes libres]

À 64 ans, Jean Sévillia est un auteur et un journaliste très prisé dans les milieux conservateurs catholiques. Collaborateur au Spectacle du Monde, à l’Homme Nouveau, à la Nef, il est surtout un véritable pilier du Figaro Magazine depuis plus de trente ans. Monsieur Sévillia travaille donc pour l’affairiste Serge Bloch Dassault.

Au risque de déplaire aux bobos cathos, nous déconseillons l’achat et la lecture de ce piètre bouquin au titre trompeur. Si vous aimez la France et son histoire, passez votre chemin. Ce livre n’est pas pour vous !

Pavé de 500 pages, cette Histoire passionnée de la France n’est qu’une x-ième  histoire de France politiquement correcte avec un vernis catho-conservateur des plus minces… On a peine à croire que tant d’acteurs de la mouvance dite nationale se soient crus obligés d’encenser un tel ouvrage !

Écrire un livre sur l’histoire de France nécessite de faire un tri dans les événements que l’on va relater. Il est impossible de raconter entièrement 1 500 ou 2 000 ans d’histoire en 500 pages. L’historien se doit de faire une sélection des éléments les plus importants, les plus significatifs de l’histoire nationale pour construire son livre. Ce premier travail est forcément orienté politiquement. Avant même la narration proprement dite, le choix de parler de tel ou tel événement et pas d’un autre, révèle grandement la pensée de l’auteur. A ce sujet on notera que Monsieur Sévillia dans son premier chapitre nous afflige en parlant de l’homme de Cro-Magnon, de l’homme de Néandertal, de l’Homo Erectus vieux de 450 000 ans et autres billevesées évolutionnistes.

Jean Sévillia n’a vraiment pas une approche catholique de l’histoire de France. Pour lui, à l’instar des « historiens » gauchistes, la France n’est pas née avec le baptême de Clovis : « Au VIe siècle, la France n’existe pas ! » Mais Monsieur Sévillia est de droite, il ne peut faire débuter la France en 1789 comme ses petits camarades de gauche. Non, pour lui la France naît quelque part entre les Capétiens et la Guerre de Cent ans…

Tout le bouquin est du même tonneau. La bataille de Poitiers est torchée en trois lignes pour nous dire qu’elle n’a pas eu l’ampleur que lui a donnée la légende.

La figure de Du Guesclin est évoquée sur une seule page, l’épopée de Jehanne d’Arc sur deux, mais, en revanche, Jean Sévillia nous gratifie de sept pages sur le pitoyable Valéry Giscard d’Estaing (pour, en plus, nous en dire du bien).

Sévillia évoque la St Barthélémy et la responsabilité des catholiques sans parler un instant de la multitude des massacres, destructions et profanations dont les Huguenots se sont rendus coupables à travers toute la France. Bravo pour un catho !

Si Jean Sévillia critique la Révolution française, c’est toujours avec modération et sur les trente pages qu’il accorde à cette période, il commet l’exploit de ne jamais citer la franc-maçonnerie et son action… Les guerres de Vendée tiennent sur un peu plus d’une page et les autres soulèvements contre-révolutionnaires ne sont même pas mentionnés.

À la manière des francs-maçons de droite, Jean Sévillia semble être un fan de Napoléon à qui il accorde pas moins de 42 pages. Il tempère toutefois son propos pour avouer que Napoléon était un petit peu dans la « démesure ».

Il traite de la Commune sur trois pages (plus que pour Jehanne d’Arc) sans dire un mot sur la forte implication maçonnique de cet épisode. En revanche, un peu plus loin, page 355, il raille l’existence d’un « mythe du complot maçonnique », ce qui est très révélateur de la pensée de ce monsieur.

D’ailleurs, sur les cinq pages qu’il octroie au funeste Jules Ferry, il omet bien évidemment de dire qu’il était franc-maçon, information pourtant capitale afin de comprendre pourquoi ce monsieur s’est acharné à combattre l’Eglise et à déchristianiser la France !

C’est donc sans réelle surprise que Jean Sévillia attaque violemment Edouard Drumont sans expliquer le contexte de l’époque alors qu’il le fait pour dédouaner Jules Ferry concernant ses propos sur les « races inférieures ».

Le socialiste Jean Jaurès obtient deux pages très complaisantes. Les dix-huit pages concernant la 1ère Guerre Mondiale ne sortent pas des sentiers battus. Pas un mot sur la volonté de détruire le dernier empire catholique des Habsbourg, il accrédite la thèse farfelue de l’attentat de Sarajevo.

Concernant la 2e Guerre Mondiale, la narration reste bien entendu très convenue. La réoccupation de la Ruhr et l’affaire des Sudètes sont bien évidemment des « provocations » nazies. Pas un mot sur la responsabilité du Traité de Versailles. « L’Angleterre et la France n’ont pas d’autre solution que de déclarer la guerre à Berlin » (sic!). Le gouvernement de Vichy ne fut qu’une « dictature personnelle » au bénéfice du Maréchal Pétain… S’ensuit une série  de pleurnicheries sur le statut des Juifs et sur la déportation. Le Général De Gaulle est porté au pinacle. Seul point positif, Jean Sévillia nous épargne les habituels récits sur les camps de la mort même s’il souscrit totalement à la version officielle.

Sa vision de la guerre d’Algérie est également scandaleuse. Il a une vision très gaulliste du drame. La trahison de De Gaulle vis-à-vis des Français d’Algérie est qualifiée de « malentendu » !

Le récit de Mai 68 tient sur quatre pages. Il ne contient ni analyse politique, ni mise en perspective. Il n’a aucun intérêt.

Monsieur Sévillia se livre à une apologie de Georges Pompidou, le larbin de la Banque Rotschild, sur sept pages. Il ne parle pas de la prise en main par les banques privées de la création monétaire avec la loi Pompidou-Rotschild, ni de l’immigration de masse qui se met en place à cette époque à la demande du gros capital.

Sur les sept pages qu’il accorde à la présidence de Giscard, il n’y a pas un mot sur le regroupement familial, la délivrance de la pilule, la légalisation de l’avortement, la facilitation du divorce, etc. ! Qu’on se le dise, Jean Sévillia est un super catho !

Sur les autres présidents de la Ve république : Mitterrand, Chirac et Sarkozy, Jean Sévillia nous livre une logorrhée droitarde, politiquement correcte et sans aucun intérêt.

La conclusion de l’auteur est pitoyable : aimer son pays c’est l’accepter comme il est avec sa diversité, ses croyances, ses nombreuses ethnies, etc.

Bref, la France de Jean Sévillia n’est ni blanche, ni catholique. Ce n’est pas la nôtre !

Paul THORE

[tiré de L’Héritage n°10]