« La joie de l’amour ? » – Critique du dernier livre de Béatrice Bourges

« Béatrice B, catholique divorcée remariée », Éditions Artège, 220 p., 14,9 €
« Béatrice B, catholique divorcée remariée », Éditions Artège.

« À l’occasion de la XIXe assemblée générale ordinaire du synode des évêques sur la famille fin 2015, l’une des figures les plus radicales de la « Manif pour tous » a écrit un livre poignant : Béatrice B, catholique divorcée remariée.

Suite à la publication de l’exhortation apostolique Amoris laetitia en avril dernier, cet ouvrage retrouve une réelle actualité. Ici, Béatrice Bourges ne traite pas du « mariage homosexuel », ni du « gender », ni des droits de l’enfant ; ici, elle se confie en tant que catholique. Elle ouvre son cœur et nous donne un témoignage spirituel étonnant. Elle nous livre, en fait, à travers l’exposition de sa situation matrimoniale et sa relation avec Dieu et l’Église, sa vision de la famille.

Nous ne souhaitons ni remettre en cause la démarche sincère de Béatrice Bourges, ni la juger sur son chemin spirituel, qui ne concerne qu’elle et les siens et qui, souvent, n’est compris que par Dieu. Mais comme elle est un personnage public qui nous fait part de ses pensées, nous sentions la grave nécessité d’expliquer en quoi ce livre est, pour ce qu’il dit et fait croire, très inquiétant ; d’autant plus qu’il est représentatif de la pensée ambiante de beaucoup de chrétiens.

Une démarche spirituelle limitée

D’un milieu bourgeois et catholique, Béatrice Bourges raconte la reconversion « foudroyante » mais en même temps progressive, qu’elle a connu suite à son divorce. Elle ne relate pas les causes de l’échec de son mariage mais décrit ses sentiments face à ces épreuves. Elle n’explique pas non plus les raisons qui l’ont poussée à se « remarier ». Elle nous expose en revanche les causes de sa révolte contre l’Église (qui refuse l’accès à la communion aux « divorcés-remariés ») et contre une société chrétienne dure, parfois intransigeante et peu charitable. Peu à peu, Béatrice Bourges trouve sa place, se laisse toucher par le Christ, puis accepte les exigences de l’Église qu’elle conçoit désormais comme « éducatives » et pardonne aux chrétiens qui la jugent.
Béatrice Bourges se place donc en « conservatrice » dans le contexte actuel qui voit se développer des désirs « d’ouverture » face aux « remariés ». Elle prône l’obéissance aux règles de l’Église dans le domaine des sacrements.

Béatrice Bourges haranguant la foule lors d’une « Manif pour tous » en 2013.
Béatrice Bourges haranguant
la foule lors d’une
« Manif pour tous » en 2013.

Lorsque nous lisons certains passages de son journal intime, nous ne pouvons qu’être en admiration face à sa relation avec les trois personnes de la Trinité et avec la Sainte Vierge ; elle développe avec Eux une intimité extraordinaire basée sur un amour magnifique. L’idée qu’elle aurait la vocation religieuse peut même nous effleurer plus d’une fois.
Mais malgré son acceptation des règles de l’Église et sa relation très étroite avec le Seigneur, elle ne remet pas en cause sa situation matrimoniale… En effet, elle se prétend (re)mariée, alors qu’elle ne l’est que civilement, ce qui, selon la morale chrétienne équivaut à un adultère public. Elle refuse la fidélité conjugale (à son « vrai » mari), refuse donc de manière permanente un des commandements de Dieu, péché grave dont découle son impossibilité de communier.
Aussi, elle parle de sa situation face aux sacrements comme d’une fatalité indépendante de sa personne, comme si elle n’était pas responsable et ne pouvait rien y faire ; ce qui peut agacer le catholique moyen en règle avec les lois matrimoniales — parfois malgré d’égales difficultés — considéré par Béatrice Bourges comme un « chanceux », parce qu’il prend les moyens d’accéder à l’Eucharistie.

Mais ce n’est pas l’Église qui exclut Béatrice Bourges des sacrements : elle s’en prive elle-même, préférant son péché mortel, celui-ci pouvant la condamner à être éloignée éternellement de ce Dieu qu’elle dit adorer. L’Église l’appelle à la contrition, à la confession, à la fidélité conjugale et à l’Eucharistie : elle refuse. Espérons qu’elle changera d’avis… « Si quelqu’un vient à Moi sans Me préférer à son conjoint ou même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14.26).
Les bras nous en sont tombés lorsque nous avons surligné ce passage dans les dernières pages : « Le Seigneur agit aujourd’hui, au sein de ma famille abîmée, cabossée, mais tellement vivante. Tous les jours, il me montre combien il l’aime, telle qu’elle est, car il connaît notre désir, à mon mari et à moi-même, de la construire à chaque instant, avec lui, sous son regard plein de miséricorde » (p. 44). Encore deux doigts et elle nous dit que Dieu bénit sa famille adultérine recomposée !
L’idée que sa situation soit facile est bien loin de nous, mais la compréhension et la compassion, si douces soient-elles, ne feront pas changer la vérité de la morale chrétienne, et n’atténueront jamais l’incohérence que Béatrice Bourges nous montre quand elle parle d’elle comme « catholique, divorcée , remariée ».

Le « remariage », un scandale social.

La morale sociale s’inspire directement de la morale chrétienne, surtout en ce qui concerne la famille (cellule de base de la société), et ce, pour le bien et l’harmonie de la société tout entière et le salut des âmes. Si le divorce ne peut être « reconnu » par l’Eglise, ni être soutenu par la société, les chrétiens peuvent, en revanche, être tolérants envers les divorcés. Le divorcé, bien que violemment séparé de son conjoint, est en réalité toujours marié (1)le divorce, acte purement administratif et récent, ne peut détruire le lien d’un mariage validement contracté, qu’il soit simplement « naturel » (pour un non baptisé) ou religieux (pour un baptisé)., même si sa fidélité conjugale se « manifestera » de manière limitée. Ainsi, malgré une vie apparente de célibataire, le divorcé n’oubliera pas et ne fera pas oublier qu’il est marié. Si certains catholiques sont durs avec beaucoup de divorcés, ce n’est pas tant une affaire personnelle que sociale. Un divorce n’est jamais souhaitable, il est certes une souffrance pour les concernés mais aussi pour la société. Sans doute est-il important de tout faire pour sauver les mariages, et les prêtres doivent être les premiers à s’y atteler. Mais trop de divorcés, dont Béatrice Bourges, attendent plus qu’une tolérance : ils attendent une reconnaissance qu’ils assimilent à de la charité. Reconnaissance de leur divorce qui peut les entraîner vers un « remariage ».
Le « remariage » n’est autre qu’un adultère public, qui crée un scandale social, d’autant plus grave qu’il se prétend un mariage. Il va au delà d’un concubinage, car cherche consciemment ou non à mentir sur sa situation. Ainsi, nous voyons Béatrice Bourges parler de sa « famille » et de son « mari ». Peut-être porte-telle le nom de celui-ci, et l’alliance qu’il lui a offert devant le maire. Ces « remariages » de catholiques trompent la société, et endorment les protagonistes dans une illusion de conjugalité. Alors, lorsque leur vraie situation leur est rappelée, ils s’offusquent du manque de charité des chrétiens qui travaillent à préserver la morale… Ils se scandalisent des effets du scandale qu’ils provoquent…
Béatrice Bourges demande de la charité de la part des chrétiens. Mais être charitable, ce n’est pas accepter le péché et le scandale, c’est éclairer et avertir le pécheur, l’aider à développer sa conscience, avec délicatesse, mais fermeté.

Note de L’Héritage :

Charitable ?

B. Bourges témoigne d’une conception moderne et erronée de la charité, quand elle reproche à des paroissiens d’en manquer.
La charité, au sens chrétien, ce n’est pas faire plaisir à quelqu’un, ou être délicat et doux, ou ne pas le déranger et le soutenir quels que soient ses choix.
Le catéchisme du pape Saint Pie X définit : « la Charité est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu » et « aimer le prochain comme soi-même, c’est lui désirer et lui faire, autant qu’on le peut, le bien que nous devons désirer pour nous-mêmes, et ne lui désirer et ne lui faire aucun mal. »
Procurer ou favoriser ce vrai bien nécessite de le connaître et de le reconnaître : la charité et la vérité sont liées.
La charité exige parfois de tenir des propos qui seront de prime abord peu agréables à celui que l’on veut aider ou corriger fraternellement.

La famille selon Béatrice Bourges

Que penser alors de la vision de la famille de Béatrice Bourges, ouvertement catholique, mais aussi ouvertement infidèle à son mari, et vivant ouvertement avec un homme qu’elle fait passer pour son mari ? Où est passée l’étonnante militante qui, à l’époque de la Manif pour tous, défendait « la famille traditionnelle ». La défense de celle-ci passe par la saine utilisation des termes : mariage, famille, conjugalité, fidélité. La famille est le mariage légitime. Ce que Béatrice Bourges appelle « sa famille » n’est pas une famille, celui qu’elle appelle « son mari » n’est pas son mari. Elle nous touche, évidemment, en nous expliquant à quel point elle aime son « mari », qu’il est un bon père pour ses enfants, à quel point ceux-ci sont merveilleux et équilibrés. Elle nous parle d’amour sincère, du malheur de certaines familles catholiques, du bonheur de la sienne, d’injustice, de souffrances, de stigmatisation, de révolte. Mais elle ne fait que du sentimentalisme, avec les mêmes arguments que les militants homosexuels lui crachaient à la figure.
Béatrice Bourges participe, malheureusement, à l’égarement des âmes et des esprits : d’abord en faisant croire que l’on peut se rapprocher de Dieu tout en refusant de renoncer au péché mortel, qui nous place pourtant, de facto, en inimitié avec Lui ; Ensuite en prétendant défendre la famille traditionnelle alors qu’elle montre en exemple, par sa vie assumée, une famille déchirée par un divorce et recomposée dans l’adultère.
Grande est notre déception de constater que le plus radical et le plus catholique visage de la Manif pour tous ne défend, en somme, que l’union hétérosexuelle. Malheureusement, l’union hétérosexuelle n’est qu’un fait biologique, il n’est ni la famille naturelle, ni la famille catholique. La famille naturelle, c’est le mariage légitime ; la famille catholique, c’est de sublimer le mariage légitime en le rendant mariage chrétien. »

Christine DOL

[tiré de L’Héritage n°10]


Notes   [ + ]

1. le divorce, acte purement administratif et récent, ne peut détruire le lien d’un mariage validement contracté, qu’il soit simplement « naturel » (pour un non baptisé) ou religieux (pour un baptisé).

L’« Histoire passionnée de la France » de Jean Sévillia

Éd. Perrin, 559 p., 2013 ; éd. Pocket (poche), 492 p., 2015.

[Rappel : les recensions de livres sont à considérer comme des tribunes libres]

À 64 ans, Jean Sévillia est un auteur et un journaliste très prisé dans les milieux conservateurs catholiques. Collaborateur au Spectacle du Monde, à l’Homme Nouveau, à la Nef, il est surtout un véritable pilier du Figaro Magazine depuis plus de trente ans. Monsieur Sévillia travaille donc pour l’affairiste Serge Bloch Dassault.

Au risque de déplaire aux bobos cathos, nous déconseillons l’achat et la lecture de ce piètre bouquin au titre trompeur. Si vous aimez la France et son histoire, passez votre chemin. Ce livre n’est pas pour vous !

Pavé de 500 pages, cette Histoire passionnée de la France n’est qu’une x-ième  histoire de France politiquement correcte avec un vernis catho-conservateur des plus minces… On a peine à croire que tant d’acteurs de la mouvance dite nationale se soient crus obligés d’encenser un tel ouvrage !

Écrire un livre sur l’histoire de France nécessite de faire un tri dans les événements que l’on va relater. Il est impossible de raconter entièrement 1 500 ou 2 000 ans d’histoire en 500 pages. L’historien se doit de faire une sélection des éléments les plus importants, les plus significatifs de l’histoire nationale pour construire son livre. Ce premier travail est forcément orienté politiquement. Avant même la narration proprement dite, le choix de parler de tel ou tel événement et pas d’un autre, révèle grandement la pensée de l’auteur. A ce sujet on notera que Monsieur Sévillia dans son premier chapitre nous afflige en parlant de l’homme de Cro-Magnon, de l’homme de Néandertal, de l’Homo Erectus vieux de 450 000 ans et autres billevesées évolutionnistes.

Jean Sévillia n’a vraiment pas une approche catholique de l’histoire de France. Pour lui, à l’instar des « historiens » gauchistes, la France n’est pas née avec le baptême de Clovis : « Au VIe siècle, la France n’existe pas ! » Mais Monsieur Sévillia est de droite, il ne peut faire débuter la France en 1789 comme ses petits camarades de gauche. Non, pour lui la France naît quelque part entre les Capétiens et la Guerre de Cent ans…

Tout le bouquin est du même tonneau. La bataille de Poitiers est torchée en trois lignes pour nous dire qu’elle n’a pas eu l’ampleur que lui a donnée la légende.

La figure de Du Guesclin est évoquée sur une seule page, l’épopée de Jehanne d’Arc sur deux, mais, en revanche, Jean Sévillia nous gratifie de sept pages sur le pitoyable Valéry Giscard d’Estaing (pour, en plus, nous en dire du bien).

Sévillia évoque la St Barthélémy et la responsabilité des catholiques sans parler un instant de la multitude des massacres, destructions et profanations dont les Huguenots se sont rendus coupables à travers toute la France. Bravo pour un catho !

Si Jean Sévillia critique la Révolution française, c’est toujours avec modération et sur les trente pages qu’il accorde à cette période, il commet l’exploit de ne jamais citer la franc-maçonnerie et son action… Les guerres de Vendée tiennent sur un peu plus d’une page et les autres soulèvements contre-révolutionnaires ne sont même pas mentionnés.

À la manière des francs-maçons de droite, Jean Sévillia semble être un fan de Napoléon à qui il accorde pas moins de 42 pages. Il tempère toutefois son propos pour avouer que Napoléon était un petit peu dans la « démesure ».

Il traite de la Commune sur trois pages (plus que pour Jehanne d’Arc) sans dire un mot sur la forte implication maçonnique de cet épisode. En revanche, un peu plus loin, page 355, il raille l’existence d’un « mythe du complot maçonnique », ce qui est très révélateur de la pensée de ce monsieur.

D’ailleurs, sur les cinq pages qu’il octroie au funeste Jules Ferry, il omet bien évidemment de dire qu’il était franc-maçon, information pourtant capitale afin de comprendre pourquoi ce monsieur s’est acharné à combattre l’Eglise et à déchristianiser la France !

C’est donc sans réelle surprise que Jean Sévillia attaque violemment Edouard Drumont sans expliquer le contexte de l’époque alors qu’il le fait pour dédouaner Jules Ferry concernant ses propos sur les « races inférieures ».

Le socialiste Jean Jaurès obtient deux pages très complaisantes. Les dix-huit pages concernant la 1ère Guerre Mondiale ne sortent pas des sentiers battus. Pas un mot sur la volonté de détruire le dernier empire catholique des Habsbourg, il accrédite la thèse farfelue de l’attentat de Sarajevo.

Concernant la 2e Guerre Mondiale, la narration reste bien entendu très convenue. La réoccupation de la Ruhr et l’affaire des Sudètes sont bien évidemment des « provocations » nazies. Pas un mot sur la responsabilité du Traité de Versailles. « L’Angleterre et la France n’ont pas d’autre solution que de déclarer la guerre à Berlin » (sic!). Le gouvernement de Vichy ne fut qu’une « dictature personnelle » au bénéfice du Maréchal Pétain… S’ensuit une série  de pleurnicheries sur le statut des Juifs et sur la déportation. Le Général De Gaulle est porté au pinacle. Seul point positif, Jean Sévillia nous épargne les habituels récits sur les camps de la mort même s’il souscrit totalement à la version officielle.

Sa vision de la guerre d’Algérie est également scandaleuse. Il a une vision très gaulliste du drame. La trahison de De Gaulle vis-à-vis des Français d’Algérie est qualifiée de « malentendu » !

Le récit de Mai 68 tient sur quatre pages. Il ne contient ni analyse politique, ni mise en perspective. Il n’a aucun intérêt.

Monsieur Sévillia se livre à une apologie de Georges Pompidou, le larbin de la Banque Rotschild, sur sept pages. Il ne parle pas de la prise en main par les banques privées de la création monétaire avec la loi Pompidou-Rotschild, ni de l’immigration de masse qui se met en place à cette époque à la demande du gros capital.

Sur les sept pages qu’il accorde à la présidence de Giscard, il n’y a pas un mot sur le regroupement familial, la délivrance de la pilule, la légalisation de l’avortement, la facilitation du divorce, etc. ! Qu’on se le dise, Jean Sévillia est un super catho !

Sur les autres présidents de la Ve république : Mitterrand, Chirac et Sarkozy, Jean Sévillia nous livre une logorrhée droitarde, politiquement correcte et sans aucun intérêt.

La conclusion de l’auteur est pitoyable : aimer son pays c’est l’accepter comme il est avec sa diversité, ses croyances, ses nombreuses ethnies, etc.

Bref, la France de Jean Sévillia n’est ni blanche, ni catholique. Ce n’est pas la nôtre !

Paul THORE

[tiré de L’Héritage n°10]